Bosser chez soi ou la dualité du productivisme

Cela fait maintenant deux mois que je travaille chez moi. Typiquement, les mots « travailler » et « chez soi » sont antagonistes : normalement, quand on bosse, on sort de chez soi (pour aller au bureau, à l’usine, à la mine). Mais depuis quelques temps, je nourris un projet un peu fou : écrire mon premier roman. Pour ceux qui ont déjà lu mes billets là-dessous, déso, je radote. Pour les autres, bah… Voilà, j’écris un livre.

Après dix ans de réflexions et de doutes, j’ai enfin pris la décision de me lancer. Sauf qu’en fait, écrire, ça prend du temps. Beaucoup de temps. Entre les phases de brainstorming, le découpage de l’histoire, la documentation, et l’écriture en tant que telle, je ne trouvais pas le temps de bosser quand j’avais un vrai travail.

Et puis j’ai quitté mon taff. Depuis, je recherche un nouveau job, bien sûr, mais surtout, je me consacre à l’écriture. Tous les jours. Même les week-ends. Et la conséquence de tout cela, c’est que je bosse chez moi. Une véritable révolution pour mon petit esprit de salariée modèle.

Homer SimpsonAllez, au boulot !

Avant, mes journées étaient rythmées par la vie de l’entreprise : l’heure à laquelle je me lève, celle où je commence à travailler (même si mon manque de ponctualité m’a souvent trahie), la pause déjeuner et la fin de la journée. Du jour au lendemain, je me suis retrouvée chez moi, seule, toute la journée. Avec toutes les distractions possibles à portée de main, et personne pour m’engueuler si je ne veux pas bosser. Bref : l’enfer !

C’est pas compliqué, quand on reste à la maison, on veut tout faire : le ménage, le rangement, les courses, regarder des séries, jouer à la console, bouquiner, se faire les ongles… Tout, sauf bosser, en fait. Et c’est là que l’autodiscipline doit entrer en scène. Après un petit temps d’adaptation, j’ai repris un rythme de travail normal. Je me lève comme si j’allais bosser (les grasses mat’, c’est fini), j’écris un peu le matin et essentiellement les après-midis. Je me suis aménagé un coin bureau, et quand j’y suis, j’écris. S’installer sur le canap’ pour bosser : fausse bonne idée (aka la télé/la console/les bouquins). Je me fixe des objectifs à atteindre, je note le nombre de signes rédigés chaque jour ; et à ce train là, mon roman devrait être terminé avant l’été (ouhlala la grosse optimiste que je suis !)

Carrie BradshawUne journée de travail normale chez moi. Sauf que maintenant, je me suis mise à la cigarette électronique. (oui, je bosse parfois en culotte. Ne me jugez pas)

Bosser chez soi, cela veut aussi dire plus de contact avec l’extérieur. Et c’est finalement assez dur. Même si je suis quelqu’un qui tient à sa tranquillité, je reste un animal sociable qui ressent le besoin de voir du monde, de temps en temps. Maintenant, la seule personne avec qui je fais la causette pendant la pause café, c’est mon chat. Ne vous méprenez pas, on a de grandes discussions toutes les deux. On se prend la tête, aussi, souvent.

Mais le pire quand on bosse chez soi, c’est la procrastination. Mot compte triple, vachement pratique pour les exercices de diction. Remettre au lendemain, se dire que l’on a le temps, et finalement ne jamais trouver le temps de bosser… Ce n’est pas vraiment de la fainéantise (enfin, si, un peu), mais c’est parfois difficile de se mettre un coup de pied au cul motiver pour avancer dans son travail.

Milou ange ou démon« Tu dois écrire au moins 5 000 signes aujourd’hui. » « Ne l’écoute pas ! Tu as tout ton temps. Au pire, tu en écriras 10 000 demain ! »

Au final, c’est très contradictoire d’être chez soi, à n’avoir rien d’autre à faire que de travailler sur un projet ; et de se rendre compte qu’on est moins productif que sur un lieu de travail bien défini. C’est vrai : j’ai tout le temps que je veux pour travailler, aux heures que je veux, que ce soit le matin, l’après-midi, même la nuit si ça me chante ! Mais la réalité est toute autre : je travaille carrément moins de sept heures par jours (soit le nombres d’heures passées dans un bureau).

Coincée dans cette dualité du productivisme, j’avance à l’aveugle, en espérant trouver un regain d’efficacité. En attendant, j’écris ce billet au lieu d’avancer sur mon prochain chapitre. Bref, je procrastine.

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