La bulle temporelle enchantée (ou la parenthèse de l’interview)

Dans mon boulot, je rencontre du monde. Souvent. Tout le temps. Plein de sortes de gens différents. C’est logique.

Quand on est journaliste, il y a plusieurs manières d’aborder des interlocuteurs. Soit on est invité à un point presse (#tropfacile, on est attendu, les gens ont préparé leur discours), soit on contacte directement les personnes que l’on veut rencontrer. Ou alors on se jette dans l’arène, à chaud, sans avoir prévenu personne.

scrat-yolo

Dans la majorité des cas, je me frotte un exercice que tous les journalistes connaissent bien : l’interview. Quand on apprend son métier sur les bancs de l’école, on nous enseigne la « Technique de l’Interview ». Inscrite en lettres d’or, s’il vous plait. Comment poser une question au Président de la République, ce genre de truc. Mais c’est bien connu, la vraie vie ne s’apprend pas à l’école.

En réalité, l’interview est un moment très particulier. L’espace d’un instant, une personne que l’on ne connaît ni d’Eve ni d’Adam, va se confier. S’ouvrir. Expliquer. Raconter. Se souvenir. Partager une expérience. Cinq minutes, une demi-heure, deux heures. On s’en fout. Rien d’autre n’a d’importance. Comme par magie, on se trouve dans une bulle, hors de l’espace et du temps.

Doctor WhoTout pareil, mais sans tournevis sonique. Toi-même tu sais.

Attablée dans une cuisine froide où l’on me sert un café fort, debout en plein soleil au milieu d’un champ, assise sur une chaise inconfortable dans une salle des fêtes perdue dans la pampa, j’écoute. Je pose des questions aussi, bien sûr. C’est mon taff, quand même, faudrait pas l’oublier. Mais surtout, je m’imprègne de ce que l’on me dit. Parfois des silences, des éclats des rires, des confidences déclarées droit dans les yeux. Autant d’instants précieux et fragiles, dont on ne ressort pas toujours indemne.

joie-4L’interview, et ses drôles de conséquences sur nos émotions.

Quand on parle de journalisme, on pense Tintin, reporter sans frontière, grande aventure. Mais en fait, la richesse du métier de journaliste, c’est d’être avant tout une oreille attentive et une plume empreinte de vérité. D’authenticité. Et de ne je jamais trahir la parole de ceux qui ont accepté, pendant un bref instant, de se confier, sans filtre.

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