La considération du lampadaire

J’aime travailler. Je sais, à l’heure où le chômage est en perpétuelle augmentation, cela peut sembler logique. Avoir un travail est une garantie de sécurité, à la fois financière et sociale. Une stabilité à laquelle nous aspirons tous ou presque.

A titre personnel, il m’est impossible de me définir autrement que par ma profession. Si je rencontre de nouvelles personnes, à l’occasion d’une soirée par exemple, je vais immanquablement me présenter comme « Émilie, chargée de communication ». Pour ceux qui suivent mes billets de blogs depuis longtemps, vous savez que précédemment c’était « Émilie, journaliste » (de truculentes aventures à retrouver ici, ici et ).

Ce constat fait, vous pensez bien que ma période de chômage de l’année dernière (ici) a été particulièrement délicate pour moi. Psychologiquement, il m’était très difficile de me définir au tant qu’individu inactif, dont la place dans la société se résume à pointer tous les mois à Pôle Emploi afin de toucher mes indemnités. Parasite, inutile, kassos. Voilà comment je ressentais la situation subie par mon échec à retrouver un emploi. Quand on est un animal social, vivre au ban de ladite société est une torture mentale quotidienne.

The-Full-MontyLa prochaine fois, je monte une troupe de strip-tease, ça me remontra le moral, tiens.

Ayant la chance d’être entourée de personnes à l’esprit éclairé, j’ai beaucoup réfléchi à ce que le travail représente pour moi. Un être de lumière cher à mon cœur m’a expliqué ne pas se définir par le travail, par ce qu’il est « autre chose » qu’un travailleur. (non, cette personne n’est pas Marxiste, juré). A titre personnel, je n’y arrive pas. C’est ainsi. Je passe la moitié de mon temps au boulot, c’est une activité qui compte pour moi.

Dès lors, j’ai toujours exercé des emplois qui me plaisent. Je me suis toujours pleinement investie dans mes boulots, avec une passion proche de la dévotion, sans pour autant tomber dans le sacerdoce (si tu ignores ce que ce mot veut dire, demande à Robert, toi-même tu sais). Parce que oui, je me donne à fond dans mon boulot, mais j’ai besoin d’une soupape de décompression : les week-end où je ne travaille pas sont sacrés, hors de question de décrocher le téléphone pendant mes vacances, et celui qui arrivera à me faire lire un mail professionnel à 21h n’est pas encore né.

Malgré tout, je suis incapable de travailler dans un domaine ou des fonctions qui me déplaisent. Le job purement alimentaire, très peu pour moi. Dès lors, mes premières piges à Radio France, en passant par mes stages en radios locales, puis mon expérience en presse écrite, et enfin mon poste actuel dans la communication, ont été un plaisir autant qu’un travail.

NainsAller à la mine oui, mais en chantant c’est mieux.

MAIS

Car oui, ami lecteur, il y a toujours un MAIS. Cette relation d’amour peut rapidement se transformer en haine. C’est cela le problème des personnalités passionnées comme la mienne : on peut passer de l’un à l’autre en un instant, car chez moi la demi-mesure n’existe pas. Mes emplois, je les ai aimé, puis détesté. Cette colère est née de raisons variées, même si le manque de considération reste le pilier central de ce revirement de situation.

Dans nos actes, rien n’est jamais gratuit (surtout dans le milieu professionnel). Et quand on donne, on s’attend à recevoir. Mais rien n’arrive. Alors on déprime, on traine les pieds, on n’y croit plus, on finit par partir.

Le pire de tout cela, c’est quand on te demande de partir. Non pas parce que tu ne travailles pas bien. Non pas parce que tu n’es pas appréciée. Non pas parce que tu manques de compétences. Juste parce que tu arrives à la fin de ton CDD.

Colère. Colère d’avoir été naïve. Colère d’avoir cru les promesses de CDI brandies comme un étendard à ma productivité. Colère d’avoir suivi cette carotte pour avancer en bon petit soldat. Colère de ne pas m’être affirmée quand il le fallait, de peur de froisser le Chef, celui qui me promettait un avenir meilleur, un filet de sécurité pour mon avenir professionnel.

Enfin, colère contre ceux qui considèrent que les humains sont interchangeables. Un employé remplace un autre. C’est tout.

Illustration le diable s'habille en pradaLe salarié en CDD, corvéable à merci, qui accepte tout dans l’espoir de décrocher un CDI fantôme.

 

Un jour, on m’a dit : « Tu sais Émilie, il me suffit de donner un coup de pied dans un lampadaire pour que dix personnes comme toi tombent du ciel pour te remplacer. »

Cette phrase, ces mots, sont restés à jamais gravés dans mon esprit et dans ma chair.

Je ne suis qu’un rouage dans la grande mécanique du travail. Cette prise de conscience est une gifle.

Je ne suis pas Don Quichotte. Je n’ai pas envie de me battre contre des moulins à vent. Mais ai-je le choix ? Je l’ignore. Le seule chose dont je sure, c’est d’entrer de nouveau dans une période d’incertitude. Encore.

Categories: Blog

1 commentaire

  • Neto

    Coucou Emilie,
    Je comprends ta colère, on dit souvent que les gens qui expriment extérieurement leur colère sont des gens très passionnés, je te reconnais bien.
    Il est vrai qu’on pense être reconnu parce qu’on a un travail, on devient même ce travail, plusieurs personnes se présentent en disant je suis dentiste, professeur de yoga… Mais ce qui fait qu’on est apprécié par les autres, ce n’est pas parce qu’on a un travail, c’est davantage ce qu’on apporte aux autres, pour ce qu’on dégage. Et toi, tu apportes beaucoup aux autres par ta personnalité, ton sourire, ton talent d’écriture, ton potentiel… Tu as plein de belles qualités. Ne cherche pas un travail parce que tu es sans emploi, mais parce que tu as du talent, et tu vas trouver. Tu vis des expériences professionnelles additionnelles qui t’enrichissent, et t’amènerons vers d’autres expérimentations. Tu n’es pas une perdante !! Garde ton attitude de gagnante et fait confiance en la vie, un bon job t’attend !! Ne te laisse pas emporter par ta colère… Je te souhaite le meilleur !!! Et continue à écrire, c’est tellement agréable de te lire ! Fabienne

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *