La dévaluation de la créativité

Comme j’ai déjà eu l’occasion de l’écrire (et de m’épancher sur le sujet), je suis officiellement à la recherche d’un emploi.

Même si je passe mes journées à rédiger les chapitres de ce que j’espère être un premier roman publié, je touche des indemnités de retour à l’emploi. Et de fait, je dois justifier d’une recherche active auprès de ma gentille conseillère.

Nos échanges, aux allures de dialogue de sourds, tournent bien souvent au monologue de sa part. Et donnent lieu à de grands questionnements lorsque je débriefe nos rendez-vous, une fois seule. Après quelques mois au chômage, j’ai pris conscience du manque de rentabilité de ma profession.

Mon aimable conseillère a essayé de me faire comprendre que journaliste, franchement, ce n’était pas un métier d’avenir. Que des milliers de CV de confrères embouteillaient ses statistiques, et que je ne pouvais décemment pas DEVENIR journaliste. J’ai eu beau lui expliquer que cela faisait (tout de même !) près de dix ans que j’exerçais cette profession, elle a balayé mon argument d’un geste. « Par contre, avec vos compétences, secrétaire, ça passe crème. » Ok. Bah, comment te dire ? Non. Merci.

Tout le monde est fou iciLa seule explication plausible au fonctionnement de Pôle Emploi

J’ai toujours su que dans le monde impitoyable du profit régit par les lois intransgressibles de l’offre et de la demande, le métier de journaliste n’a jamais eu la cote. Beaucoup de candidats, peu d’appelés, je connais la chanson par cœur. Cela ne m’a jamais empêché de faire des études dans ce domaine, et d’y travailler longtemps, avec passion.

Mais finalement, mon passage par la sacro-sainte institution Pôle Emploi m’a ouvert les yeux sur un constat déjà fait par plusieurs amis / connaissances / gens croisés au hasard. La créativité n’est pas rentable. Voilà tout.

Vous commencez à me connaître, j’ai tendance à enfoncer des portes ouvertes. Pourtant, je ne veux pas laisser passer ça. Je gagnerai mieux ma vie si j’étais secrétaire, j’ai compris. Si on suit cette logique, je dois donc nivelé par le bas mes compétences, et oublier la créativité qui m’anime lorsque j’écris un article. Parce que mettre du fun dans une lettre, c’est jouable, mais ça ne me tente pas plus que cela.

Génie GREATQuand je me retrouve face à la dure réalité

Sans vouloir me la péter être prétentieuse, j’ai quand même une haute estime de moi-même, voyez-vous. J’aime mon statut de journaliste, grâce auquel j’analyse l’information pour la transmettre à mes contemporains. Je suis curieuse de tout, je veux comprendre le monde qui m’entoure. Et je ressens un besoin viscéral d’être au cœur de l’action (si si, une fête de village, c’est de l’action, détrompez-vous).

Cela ne semble pas évident à première vue, mais je ne me plains pas de ma situation actuelle. Mon chômage me permet d’avancer sur un projet créatif qui me tient à cœur depuis très, très longtemps. Une folie que je n’aurais jamais pu me permettre si j’avais continué à travailler (dans le vrai travail que j’avais avant. Puisqu’en ce moment je travaille vraiment, mais pour moi). Je regrette simplement le traitement subit par ma profession mixte. Du point de vue de la société, journaliste-écrivain = double peine.

Oh dear we are in troubleRien à ajouter

Face à cet antagonisme entre travail rémunéré (genre pas le SMIC, un vrai salaire) et créativité, je me retrouve face à un dilemme. Rester journaliste et cultiver ma position de première de la classe sans le sou ? Ou vendre mes compétences dans un but plus mercantile ? La question se pose. L’argent ne fait pas tout, mais c’est lui qui détermine la valeur ou non de notre travail. Si je pouvais devenir une intello reconnue pour mes compétences et avec un salaire décent, je signerais tout de suite. Mais pour l’instant, je n’ai pas encore trouvé.

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