La personnification du sapin

Je suis une fille de l’Est (comme dirait la chanson). Je pourrais être une fille du Sud-Est, avec la peau bronzée et l’accent chantant. Mais non. Je pourrais être une fille de l’Est tout court, une courageuse Savoyarde prête à gravir les sommets alpins. Mais non, toujours pas. Je suis une fille du Nord-Est. Plus précisément des Vosges. Vous connaissez les Vosges ? Ce massif montagneux aux ballons arrondis et verdoyants.

Bah voilà, je viens de là. Et quitte à être chauvine jusqu’au bout, je suis née à Gérardmer, surnommée à juste titre « La Perle des Vosges ». Je vous fait le topo vite fait : imaginez une petite ville où les verts sapins encadrent un lac majestueux. Où les sommets des montagnes se parent de contours bleutés. Où les mystérieuses forêts embrumées cachent des lutins farceurs. Où des fleurs couleur d’Or habillent les prés d’une parure royale. Où le sport d’hiver et les activités nautiques se côtoient, pour toujours se compléter.

Cette image te fait rêver, ami lecteur ? Sache que même emportée par l’envolée de ma plume lyrique, je suis encore en-deçà de la beauté du lieu.

GérardmerOn est d’accord : objectivement, ça tabasse fort comme paysage.

Alors voilà, c’est là que j’ai grandi. Évidemment, je ne me rendais pas compte de ma chance : pour moi, c’était juste ma ville. Pas de quoi en faire des caisses.

Ce n’est qu’en grandissant que j’ai pris conscience de l’importance qu’avait eu mon environnement sur ma construction individuelle. Toute petite, j’ai été bercée par les contes et légendes locales, transmises par mes grands-parents (figures importantes de la préservation du patrimoine oral). Ma maman, musicienne talentueuse, m’a fait connaître les airs folkloriques et rencontrer des poètes à la verve passionnée. Mon papa m’a initiée à a peu près tous les sports de plein air, afin de profiter pleinement des atouts de nos montagnes.

Mais tout cela, c’était juste le quotidien. Quand je suis partie faire mes études dans la grande ville du coin (Nancy forever), je me suis prise une grosse claque. Genre vraiment. Une putain de grosse claque dans ma gueule (oui, je trouvais que ce billet manquait de trivialité, ça y est, l’ordre des choses est rétabli). Que les Nancéens qui passent par ici n’en prennent pas offense, Nancy est une jolie ville. Mais c’est une vraie ville : au pays des immeubles, le béton est roi et les gaz d’échappement ses suzerains.

Dès lors, chaque week-end sonnait comme une parenthèse salvatrice, où, de retour à la maison, je pouvais m’immerger dans cette nature si merveilleuse qui avait fait mon quotidien.

Raiponce 1Respirer. Fermer les yeux. Les rouvrir. S’émerveiller. Recommencer.

Plusieurs de mes amies sont parties vivre ailleurs. Certaines pour une durée déterminée, en Erasmus ou en année sabbatique. D’autres se sont définitivement expatriées, en France ou à l’étranger. Moi je n’ai jamais pu. Et je sais que je ne pourrais jamais. Ce n’est pas un constat d’échec, car pour moi la mobilité n’est pas nécessaire pour réussir sa vie. Je suis un Hobbit : j’aime la Comté et je n’ai pas envie de la quitter.

Pour des raisons professionnelles, je ne réside plus à Gérardmer depuis plusieurs années maintenant. Enfin je ne suis pas allée bien loin : Épinal, à 35 km. Ce qui me permet de retrouver mon lac et mes montagnes (oui, ce sont les miens, excusez du peu !) dès que je le souhaite.

J’ai déjà vécu ailleurs, notamment dans les Antilles sur l’île de la Martinique. C’était paradisiaque, mais j’étais malheureuse. Véridique. Le sable blanc et les cocotiers ne remplaceront jamais la Ligne Bleue des Vosges. C’est comme ça.

Chez nous, les habitants se comparent parfois à des sapins (une comparaison arboricole déroutante, il faut bien le reconnaître). Fiers et robustes, à l’épreuve du froid et du vent. Mais surtout avec de profondes racines. Je crois qu’on est dans le vrai.

SylvebarbeEn fait, je ne suis pas un Hobbit. Salut Sylvebarbe, je suis ta nouvelle voisine.

Alors voilà. Ce n’était pas un billet comme les autres, moins incisif et vitriolé que d’habitude, mais j’avais besoin de rédiger cette ode à mes Vosges chéries. Besoin d’exprimer ma non-envie de voir si l’herbe est plus verte ailleurs.

Je crois que moi aussi je suis un sapin, fermement enraciné dans le patrimoine Vosgien, étirant ses branches vers le ciel de la vie.

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1 commentaire

  • Lerousseau pascale

    A mon avis tu es loin d’être la seule à ressentir cet attachement, cet enracinement comme tu l’écris….
    Beaucoup de tes lecteurs ont pu se reconnaître…moi en l’occurrence!
    Un peu de poésie dans ce monde de brutes fait du bien à l’âme.
    Bisous et à bientot…à Gerardmer bien sûr ou Rochesson, c’est presque la banlieue!

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