Le paradigme de l’entreprise

Comme je l’ai déjà dit, j’aime mon job. Vraiment. Intrinsèquement, je serai toujours journaliste. Poser des questions, comprendre le monde qui m’entoure, le raconter à mes contemporains. J’adore ça, et cela fait partie de moi. Mais quand je ne suis pas sur le terrain, j’évolue dans le milieu de l’entreprise. Et c’est là que le bât blesse (comme dirait ma grand-mère).

J’ai toujours été « une bonne élève ». En fait, je crois que c’est ma nature. Bien écouter les consignes, respecter les règlements, ne jamais se faire remarquer en mal. Je ne le fais pas exprès, c’est comme ça, demandez à Monsieur Gaspard mon instit de CM1.

MatildaLe bon Dieu sans confession, OKLM.

Assidue, sérieuse, polie, ponctuelle, efficace. Alors forcément, quand j’ai trouvé mon premier boulot, j’ai tout donné. A fond. Non pas que je voulais faire mes preuves, parce que j’ai une très haute estime de moi-même, voyez-vous. #autosatisfaction. Mais je voulais être bonne. La meilleure même. Traiter des sujets que je ne maîtrise pas ? Pas grave, je potasserai avant l’interview. Prendre de belles photos alors que je ne sais pas le faire ? Tant pis, j’apprendrai sur le tas. S’adapter, c’est le maître mot quand on commence à travailler « pour de vrai ».

professeur-xavierJ’ai pas de supers-pouvoirs, mais j’aurai été une super bonne élève du Professeur Xavier.

Après quelques années, le challenge de la nouveauté s’estompe. L’impossibilité de dialogue avec la hiérarchie est sclérosante ; l’ambiance de travail délétère. Les possibilités d’évolution mortes dans l’œuf (cuit dur, l’œuf). Le mal être devient insurmontable, et la lassitude (je pèse mes mots !) prend le dessus.

La bonne élève s’effrite, se flétrit, ne veut plus être aussi parfaite qu’avant. Un constat terrible, qui inquiète. Alors la petite fille modèle se remet en question, réfléchit à ce qu’elle veut faire de sa vie. Et se rend compte que l’avenir n’est pas là ; qu’il faut changer. La décision est prise : je dois partir.

A ce stade, les réactions des autres sont (im)pitoyables : « Tu sais ce que tu perds, tu ne sais pas ce que tu retrouves ! » me dit-on l’air culpabilisateur. Ok, mais dans cette histoire, je sais surtout ce que je perds, et c’est déjà une certitude en soi. Sinon quoi ? Rester en PLS jusqu’à la retraite ? J’crois pas, nan, déso.

Alors j’ai fait le grand saut : rompre mon contrat de travail. Dans un contexte où l’on nous assène depuis le lycée que le CDI est l’unique objectif à atteindre. En fait, le CDI est juste une prison dorée (quoique pas toujours très luxueuse) dans laquelle le contexte économique nous pousse à rester, « par sécurité ».

Bref, je suis partie.

liberee-delivree

Moi en sortant du bureau de mon directeur.

Ce n’est pas facile de quitter sa zone de confort. La routine est un cocon douillet, dans lequel on se complet dans une rassurante médiocrité.

Parfois, je me questionne sur mon choix. Ais-je bien fais ? Et puis je repense à toutes les raisons qui m’ont motivé à quitter mon travail, et je me dis que oui, décidément, j’ai rudement bien fait. Car j’ai repris le contrôle de ma vie et retrouvé ma liberté. Et ça, ça n’a pas de prix.

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4 commentaires

  • Géraud

    Bravo ! Tu as certes perdu un CDI, mais tu as obtenu toute une galaxie de possibilités !
    Je te souhaites bonne chance sur cette nouvelle route.

  • Les tagazous

    Et bien Émilie …Chapeau Bas….te voilà maître de ta vie ….elle a bien changée notre Émilie depuis 6 ans …..elle a tout simplement mûrie …..vas y ma belle fonce ……

  • Patricia

    Encore plus qu’habituellement, ton texte est écrit avec les tripes car il raconte ton ressenti tout neuf de jeune femme libérée du CDI. Je suis divisée entre deux réactions.
    D’un côté, c’est le poids de mon éducation où on m’a toujours dit  » si tu travailles bien en classe, tu auras un bon métier  » ou encore  » passe des concours, deviens fonctionnaire, c’est la sûreté de l’emploi « . J’ai fait ça ; j’occupe le même job depuis 33 ans et j’ai vécu plein de belles choses, plein de changements pendant ces longues années. Aujourd’hui, je me sens trahie par les bouleversements qui vont encore tomber…
    De l’autre côté, c’est la petite voix de la rebelle qui doit dormir (profondément) en moi et qui te dit  » vas-y, fonce, fais-toi plaisir, la vie est si courte  » et que je regrette parfois de ne pas avoir écoutée ! Même si depuis que j’ai franchi la moitié de ma vie (estimée à 100 ans) je laisse faire, de plus en plus souvent, le petit grain de folie qui m’aide à avancer !
    Peu importe le nouveau sens que tu vas donner à ta vie, c’est ton choix et c’est pour toi que tu le fais !
    Bisous ma belle libérée !

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