L’impossible refus

J’ai jamais su dire non. C’est comme ça. Depuis toute petite, dire non à quelqu’un a toujours été un acte particulièrement difficile pour moi. Bien entendu, mes parents pourraient vous parler de mon refus catégorique de manger autre chose que des coquillettes de 3 ans à 5 ans. Mais ça, c’est une autre histoire.

Alors avant de rentrer dans le vif du sujet, je ne parle pas du fait de « dire non » dans la sphère privée. Là, pas de souci : si je ne veux pas faire un truc, je saurai le dire à mon conjoint. Non non. Le problème, c’est que je suis incapable de dire non à qui que soit, dès lors que je passe dans la sphère publique ou professionnelle (ou scolaire, quand j’étais petite). D’ailleurs, je me souviens de copines, à l’école primaire, qui se fâchaient régulièrement avec moi lors d’embrouilles dans la cour de récré : « Mais Émilie, tu avais dit que tu étais ma copine, pas celle de Marie ! Joue avec moi, pas avec elle ! ». Bien entendu, j’acceptais. Et le lendemain, c’était Marie qui venait me demander l’exclusivité et de nouveau, j’acceptais. Bref, même pour des gamineries, j’étais incapable de dire non, de peur de me mettre telle ou telle copine à dos. (alors qu’au final, il se passait tout le contraire).

Cela m’a poursuivi toute ma vie. Un prof me demande de faire du zèle ? Pas de souci. Un vendeur de chez France Loisir me force la main pour un abonnement ? Je cède à regret. Une vendeuse me dit que dans cette robe je suis « absolument magnifaïk ma chérie » alors que je ressemble à un boudin blanc ? Tant pis, je l’achète, ça lui fera plaisir. Aujourd’hui encore, je ne compte plus les relous de soirées dont je n’arrive pas à me débarrasser, parce que trop polie pour dire : « Vas au diable, abruti ! Tu ne m’intéresse pas ! »

Bree Van De Kamp 1Voyons très cher, je suis bien trop classe pour ça.

Mais le pire, c’est au boulot. Savoir dire non à mon employeur – un collègue – un collaborateur – un partenaire relève du défi le plus absolu. J’aimerai, ah ça oui, j’aimerai pouvoir le faire ! Mais c’est impossible. Un collègue me demande de faire un truc à sa place parce qu’il n’a pas le temps ? Je le fais, no problem, même si ça pénalise mon propre travail. Mon patron me demande de faire un truc que je trouve inutile ? Je vais le faire à contrecœur. Bref, vous avez compris.

Sauf que. Sauf que je fonctionne un peu comme une cocotte-minute : j’emmagasine beaucoup de choses, jusqu’à ce que ça explose. Le plus souvent, j’attends d’être chez moi pour ça. Je m’énerve, je crie, je pleure. Dans cet ordre. Toujours.

Mais parfois (c’est arrivé deux fois, en fait), la colère ne peut plus attendre. Il faut qu’elle sorte. Maintenant. Tant pis si je suis au travail. Et dans ces moments-là, je sais que ça peut surprendre. Je hausse le ton, je tiens tête. Bref, je me fâche quoi.

Hulk 1Trop, c’est trop !

En réalité, j’essaye de travailler sur moi pour apprendre à dire non. C’est plus sain de savoir mettre les barrières au bon moment. Mon chéri me coach depuis des années pour que j’arrive enfin m’affirmer à l’extérieur. Ce qui n’est pas facile tous les jours…

Les raisons qui me poussent à toujours dire oui à tout sont finalement assez simples : peur de fâcher mes amis ou mon employeur, vouloir être appréciée de tous, besoin de reconnaissance… Pas la peine d’aller voir un thérapeute pour dénouer le problème, je connais. Merci mais non merci.

Comme j’ai déjà eu l’occasion d’en parler dans mon précédent billet de blog (à retrouver ici), j’ai passé plusieurs entretiens d’embauche ces dernières semaines. J’ai tout donné, et finalement ça a payé. Je ne peux pas en dire plus pour l’instant… Toujours est-il que j’ai dû être particulièrement convaincante, puisque j’ai eu plusieurs réponses positives. Le drame ! Je sais ce que vous vous dîtes : « Non contente de chercher un boulot depuis des mois, la meuf se paye le luxe de pouvoir choisir son nouveau taff ! Pourquoi elle en fait des caisses ? » Mais parce que je n’aime pas choisir, voilà pourquoi ! Je me suis retrouvée dans une situation bien embarrassante : paniquer, lister les points positifs et négatifs de chaque poste, paniquer, bien réfléchir, paniquer, pleurer, paniquer, respirer, faire un choix. Et dire non à un potentiel employeur. Refuser une proposition de travail. Dire non. Dire non, enfin. NON, putain.

Dolores 1J’ai su dire non. Ça y est. Planquez-vous. L’heure de la rébellion a sonné.

En définitive, j’ai encore beaucoup de progrès à faire. C’est pas demain la veille que je vais faire la loi, avec mes amis ou au travail. Ce n’est pas le but d’ailleurs. Mais j’essaye de m’affirmer, de prendre de l’assurance dans certaines situations. Et j’évite de me retrouver auprès de personnes abusives, qui profiteraient de ma gentillesse. Ou de ma connerie. Tout est une question de point de vue.

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1 commentaire

  • pascale lerousseau

    je crois que je viendrai prendre des cours pour dire non moi aussi.
    Tu me fais toujours bien rire, j’adore ta littérature!
    bisous

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