L’injonction d’être une fille

Partons d’un constat simple : je suis une fille. Enfin, une femme. Bref, de sexe féminin quoi. Ne t’en va pas, gentil lecteur, je ne vais pas entrer dans des débats alambiqués d’identité sexuelle ou de genre. Je suis né fille, je me sens fille, je suis hétéro. Voilà, maintenant que les présentations sont faites, je peux commencer à attaquer mon propos.

Je disais donc : je suis une fille. A ma naissance, mes parents étaient absolument ravis d’avoir une princesse à pouponnée. J’étais leur premier enfant, ils voulaient une fille, ils ont été exaucés (et en plus, j’avais les yeux bleus, maman était aux anges !) Or donc, ayant un grand écart d’âge avec ma petite sœur (12 ans, rien que ça) (si tu passes par-là sœurette, big up !), j’ai été élevée comme une « enfant unique ».

Sans vraiment s’en rendre compte, mes parents m’ont offert une éducation mi-fille / mi-garçon. J’explique. Mon papa est un grand bricoleur-inventeur. N’ayant pas de fils avec qui partager ses passions, c’est à moi qu’il a enseigné, dès mon plus jeune âge, à souder un composant électronique, poser des lattes de parquet ou réparer une tondeuse à gazon. Comme un « vrai bonhomme » ! (à prononcer avec un accent beauf, sinon la blague n’est pas drôle). Ces moments « père-fille » ont été un socle sur lequel repose une grande partie de mon enfance…

La Belle et son pèreC’est assez bien résumé.

D’un autre côté, mamounette s’est bien amusée avec moi, sa petite poupée : toujours habillée à la dernière mode, les cheveux longs coiffées d’une manière différente tous les jours, les chaussures coordonnées au manteau, lui-même coordonné au chapeau. Une petite princesse coquette ; que je suis restée, on ne se refait pas. #fashionvictim

D’ailleurs, comme beaucoup de petites filles, ma meilleure amie était Barbie. Pour moi, Barbie n’est pas juste une poupée « anorexique et superficielle », comme dénoncée par certaines de mes consœurs féministes. A l’inverse, à mes yeux Barbie est féministe. Elle vit seule (Ken n’a jamais eu de maison) et elle part en vacances avec ses BFF. Non contente d’être propriétaire de sa propre maison, elle possède également sa voiture, son camping-car, son bateau, son avion… Ses fringues et ses chaussures, elle se les achète toute seule, avec l’argent qu’elle gagne en exerçant tous les métiers du monde : médecin, institutrice, dentiste, hôtesse de l’air, chef cuisinier, zoologiste ou encore policière. Bordel ! A une époque où les femmes étaient encore soumises au protectorat de leur mari (1965), Barbie était déjà cosmonaute ! Alors qu’on ne vienne pas me dire que cette poupée n’a jamais été un modèle d’indépendance.

Barbie can do itSi Barbie peut le faire, alors toi aussi. 

Dès l’âge de trois ans, je jouais donc avec mes poupées Barbie, bien décidée à faire ce que je voulais de ma propre vie. Ce qui ne m’empêchait pas de jalouser mes cousins, qui avaient des petites voitures, avec un circuit et un garage. Un garage, nom de Dieu ! Qu’à cela ne tienne, mes parents m’ont offert la même chose le Noël suivant. Et puis un établi et des outils, parce que je voulais bricoler comme papa. Un point c’est tout.

Jamais, jamais, mes parents ne m’ont interdit de jouer avec des « jouets de garçon ». Jamais je ne les entendus me gronder parce que j’avais troué mon pantalon en faisant une cabane dans les arbres (bon, peut-être un peu, je ne m’en souviens plus). J’ai toujours pu faire les sports que je voulais, de la danse classique au ski, de la planche à voile à l’escalade. J’ai jamais fait de boxe, mais j’aurais pu.

Lara CroftÇa pourrait être moi. D’accord, je suis tétanisée à la vue d’une araignée et j’ai peur d’à peu près tout. Mais ça pourrait être moi. Si si. (ça fait de mal à personne de rêver un peu)

Aujourd’hui, je suis une blonde toujours tirée à quatre épingles, soigneusement maquillée, en jupe et talons. Ce qui ne m’empêche pas d’être redoutable si je dégaine mon 9mm (oui, je sais tenir une arme feu, non je ne suis pas à la NRA, merci, au revoir). J’ai une passion pour les licornes, et je suis fan de Rammstein (je suis fascinée par les Allemands qui vomissent une poésie magnifique et qui foutent littéralement le feu à la scène). Je suis une petite fille qui joue à la dinette, et un garçon manqué qui grimpe aux arbres. Je suis tout à la fois.

Alors oui, je parle de moi depuis des plombes, mais mon exemple n’est que l’illustration de la vie en général. Les stéréotypes n’existent tout simplement pas. Tout comme je n’ai jamais ressenti l’injonction d’être une fille, j’ai le sentiment de m’être créer une identité qui m’est propre. La féminité que je chéri tant n’est pas une soumission au sexe fort. Mes choix, tout comme ma vie et mon identité, n’appartiennent qu’à moi. J’entends d’ici que la société dans laquelle j’ai grandi y a fait pour beaucoup. Ce constat est indéniable, je ne souhaite pas entrer dans le débat.

Toujours est-il qu’il est impossible de réduire chaque individu à une caricature de lui-même, que ce soit son genre, son éducation, sa profession ou ses choix de vie. Je suis la somme de mes expériences passées et j’attends avec curiosité celles à venir, afin de voir qui je serai plus tard. Quand je serai grande.

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1 commentaire

  • Lerousseau Pascale

    Mais tu es déjà grande!!!
    On te reconnaît bien dans ces descriptions si bien détaillées: je te vois plus que je t’imagine !

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