Pôle Emploi : de l’expérimentation à la démonstration

Voilà, j’ai quitté mon boulot. Ce qui fait officiellement de moi une chômeuse. Techniquement, je vais toucher de l’argent pour rester chez moi. Ouais ma gueule, je vais profiter du « système ». On entend pas mal de trucs sur les chômeurs : parasites, assistés, faignants… Bref, pas très reluisant.

On ne va pas se mentir, je ne me suis pas alarmée pour retrouver un travail dans les première semaines suivant ma rupture conventionnelle. En même temps, devenir chômeuse en plein mois de décembre, ce n’est pas la meilleure des périodes pour démarcher les entreprises, congés de Noël obligent. Et de mon côté, cela faisait un petit moment que je n’avais pas pris de vacances, alors OSEF.

tony-stark-feteJ’m’en câlice. Pas le temps de niaiser.

Pas folle, j’ai quand même entrepris toutes les démarches nécessaires pour m’inscrire sur Pôle Emploi. S’agirait pas qu’on m’oublie et que je ne perçoive pas mes indemnités, faut pas déconner (quand je vous parlais de parasite). Je me rends donc sur le joli site de Pôle Emploi. Design moderne, couleurs accueillantes, ergonomie pas trop mauvaise. J’entre mes coordonnées, et là, j’apprends que je ne peux pas m’inscrire. Kéblo la meuf. Après une dizaine d’essais infructueux, je finis par appeler le numéro magique des pauvres sans emploi : le 39 49. Temps d’attente estimé : un quart d’heure, ça commence bien cette histoire. Au bout d’un moment, un mec vachement sympa prend mon appel. Après deux minutes, il comprend d’où vient le problème : j’ai déjà un espace personnel, créé en 2011. C’est vrai qu’après mes études, j’avais fait un petit tour par la case Pôle Emploi (à peine quinze jours, le temps que je trouve mon poste au Paysan Vosgien toute seule comme une grande). Voili voilou, me dit-il gaiement, il suffit juste que je retrouve mes identifiants. Je lui explique posément que je ne les ai jamais eu, puisque la conseillère de l’époque ne me les avait pas donné. « C’est embêtant ça. Parce que moi, je ne les ai pas non plus. Le plus simple, c’est que je les envoie par texto. » Confiante, je le laisse me basculer vers une boite de dialogue téléphonique… Qui m’éjecte, à la suite d’un sensuel « je n’ai pas compris, veuillez répéter. » hachuré par la voix métallique. J’articule, hurle dans le combiné, ça raccroche. Je rappelle le 39 49.

hadesReste cool, putain, reste cool.

Dix jours plus tard, je reçois mes précieux identifiants par la poste. En 2017, oui, normal. Je m’inscris, je me détends. Reste plus qu’à placer un document pdf dans la « boîte d’échange avec votre conseiller ». Trois jours après, je reçois une notification me stipulant que le document demandé n’est pas le bon. Je reposte le même, il est validé le jour suivant. Cherche pas, tu peux pas test. Je vous passe le détail des mails de Pôle Emploi me demandant d’enregistrer une adresse mail valide, envoyés sur mon adresse mail valide. Logique, quand tu nous tiens. Mais pas la peine de s’énerver, on est là pour avancer ensemble, main dans la main, tels deux amoureux en classe de sixième. Bonne élève, je me rends à une réunion d’information collective… De laquelle je ressors sans aucune info. Ok les mecs, je veux bien consentir qu’au chômage, on ait du temps à perdre, mais là…

et-on-se-sort-les-doigts-du-cul

En prévision de mon entretien avec mon conseiller, je remplis consciencieusement mon CV en ligne, mes compétences, mon groupe sanguin. Le grand jour arrive enfin : coiffée, maquillée, sapée (comme jamais #maîtregimspower), ma petite pochette en carton sous le bras, je vais à mon rancart Pôle Emploi. Une gentille dame d’une cinquantaine d’années me reçoit. Décidément, ils sont tous très sympas à Pôle Emploi, ça doit être écrit dans leur contrat de travail. Elle jette un œil à mon profil, voit que je suis journaliste : sourire crispé « Ouhla, journaliste, on n’a pas grand-chose pour vous ! ». Dans le bénéficie du doute, elle check les offres, me propose d’intégrer une entreprise web en Moselle en tant qu’« éditrice ». Je lui montre que l’offre en question concerne un développeur web, et pas une journaliste. Rire nerveux, la pauvre est larguée. On discute un quart d’heure de mes compétences, elle regarde le CV que j’ai apporté. Le résultat tombe : je suis totalement autonome, pas besoin d’aide pour trouver un travail. J’aurai un rendez-vous avec un conseiller par vidéoconférence (ça-y est, les nouvelles technologies existent) dans un mois. Ou deux, elle ne sait pas. Elle pianote vaguement un truc sur son clavier, puis me donne congés.

veronica-mars-1Affranchie de l’aide de Pôle Emploi. J’ai passé l’épreuve avec brio (avec qui ?)

Je repars chez moi avec le duplicata d’un document récapitulant ce dont on a parlé, daté signé, comme un dépôt de plainte. « Pour garder une trace de vos démarches. » Pas très sexy. J’ai conscience que le système français est bon, que sans lui je serais à la rue sans un sou. Il n’empêche, en ce qui concerne la recherche concrète d’un nouveau job, je vais faire ce que j’ai toujours fait : me débrouiller toute seule. C’est pas tout ça, mais j’ai un bouquin sur le feu et il s’écrira pas tout seul. Un projet personnel et professionnel dont ma gentille conseillère Pôle Emploi n’en saura jamais rien, parce que franchement, écrire des livres, c’est pas un vrai métier.

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