Route, déroute, fausse route

Ceux qui me connaissent depuis longtemps le savent : journaliste, ça a toujours fait partie de moi. Une légende des temps anciens, retrouvée gravée sur une tablette enfouie au fond d’un temple Inca, raconte qu’à l’âge de quatre ans, j’interviewais mes peluches dans ma chambre, avec un vieux magnétophone à cassette. Bon, en vrai, point de tablettes archéologiques dans ma vie, cette histoire je le tiens de ma maman chérie.

Toujours est-il que je ne me suis jamais posé la question de ce que je voulais faire plus tard. Bon, OK, j’ai peut-être eu une vague période vétérinaire / astronaute / égyptologue, mais grosso modo, le journalisme a toujours été un projet de vie inné chez moi. Mais genre, vraiment, puisque je ne saurai même pas dire d’où me vient cette envie. J’aimais bien Tintin, mais je ne m’y identifiais pas (quoiqu’il parait que j’ai un air de famille avec Milou. Cherchez pas, toutes les vérités ne sont pas bonnes à savoir). Nous n’avions pas non plus de journaliste dans la famille, du moins pas quand j’étais petite. Bref, c’est comme ça, journaliste, c’était ma voie. Une puissance intersidérale devait l’avoir décidé en haut lieu.

Dieu Simpson(à prononcer avec une voix caverneuse)

Toujours est-il que je n’ai jamais, mais alors là JAMAIS, failli à mon projet professionnel. J’ai même pris pas mal d’avance, puisque j’ai commencé mes premières chroniques radiophoniques dès l’âge de 14 ans, alors que j’étais encore au collège. Dès lors, ça ne m’a plus jamais quitté. En parallèle de mes études, j’ai toujours eu une activité journalistique. TOUJOURS. Et toujours à titre bénévole, d’ailleurs. Ma générosité n’a pas de limite.

En fait, quand j’y repense, je me rends compte que même les gens qui ne me connaissaient pas très bien (des ados qui étaient dans mon lycée ou des étudiants que je croisais à la Fac) m’identifiaient comme LA journaliste (une « fonction » est souvent plus facile à retenir qu’un prénom). Même sans carte de presse, c’était une sorte de statut qui émanait de moi. Surement parce que j’avais toujours un micro dans ma poche et l’appareil photo autour du cou. #cliché

 Veronica MarsMoi au lycée. Sauf que je ne n’enquêtais pas sur des meurtres. OSEF, c’était cool quand même.

Puis je suis entrée dans la vie professionnelle. Sans blague, est-il utile de préciser dans quel secteur ? J’ai commencé petit, avec un poste de journaliste dans un magazine agricole. Je n’étais que joie et allégresse quand j’ai signé mon contrat de travail, qui concrétisait enfin mon statut (et accessoirement, me payait pour vivre de ma passion !). Rien que ça.

Au bout de quelques années, j’ai voulu passer à autre chose et j’ai quitté mon boulot (des joyeux souvenirs à retrouver dans un précédent billet de blog). Je suis en suite restée quelques mois au chômage (encore une belle expérience à retrouver ici) et j’ai écrit un bouquin (pas encore terminé, bordel, lâchez moi avec ça). Et puis, le hasard faisant bien les choses, l’opportunité s’est présentée de devenir journaliste pour l’unique quotidien de mon département. Notre Monde à nous. Une fois encore, j’étais que joie et allégresse quand j’ai reçu la nouvelle.

Pinkie PieTout pareil, avec une bouteille de champagne et un canon à confettis en prime.

C’est donc la fleur au fusil, ou presque, que j’ai repris mon job de journaliste. Alert spoiler : l’histoire ne se termine pas bien. L’écrasante majorité de mes amis et connaissances dans le journalisme travaille pour ce quotidien. J’étais donc ravie (ravie ravie ravie ravie ! et aussi un peu flattée) quand, à peine une heure après avoir signé mon contrat, les messages de mes confrères ont afflué, me félicitant d’avoir rejoint le réseau. Après six ans passés dans une rédaction où j’étais la seule journaliste, j’avais enfin des collègues qui faisaient le même métier que moi ! #troplaclasse

Sauf que passer d’un hebdomadaire (pour ceux qui ne suivent pas au fond de la classe, c’est une publication qui paraît une fois par semaine) à la presse quotidienne locale, ça change de rythme. Vraiment. J’ai dû faire face à pas mal de trucs dont j’ignorai jusqu’à l’existence même : pas d’horaires définis, des sujets tardifs (qui se finissent très tard, à écrire pour le lendemain sinon c’est pas drôle) et les astreintes de nuit (comme les pompiers ou les poulets : si on t’appelle, t’enfiles un jean et tu vas sur le terrain fissa fissa).

 GhostbustersWho you gonna call?

Rapidement, j’ai pris la mesure des responsabilités et des contraintes qu’impliquait ma nouvelle profession. Et je me suis rendu compte qu’en fait, je n’étais peut-être pas faite pour ça. Grosse, grosse remise en question. Et à presque trente ans, quand on a passé sa vie à avoir la certitude qu’on était prédestinée à un métier, ça fait mal. Vraiment, c’est la pire prise de conscience de ma vie (après la mort, bien sûr). Coup de bol, le journal ne signe que des CDD courts pour les nouveaux arrivants, j’ai donc pu quitter mon boulot sans trop de souci. Mais quand même… Quitter le boulot qui nous faisait rêver au bout de quelques semaines, c’est terrible. Et c’est la honte. J’étais terrifiée par le jugement que pourraient porter mes confrères et amis sur ma décision de quitter l’entreprise dans laquelle ils s’éclatent complètement.

Je vous assure que j’ai pris la juste mesure des choses quand j’ai choisi de refuser la reconduite de mon contrat. Pire encore : si j’avais eu un entretien d’embauche (mon recrutement s’est fait en moins de deux minutes par téléphone) où on m’avait expliqué précisément la charge de travail à accomplir, j’aurais probablement refusé. Ou peut-être pas, car j’ai parfois un sens du challenge un peu suicidaire.

Ce qui est sûr, c’est que moi qui ai toujours cru être journaliste, j’étais en réalité bien loin du compte. Mon approche serait plus celle d’un travail de rédactrice. Bon, la limite est un peu mince, mais ça a de l’importance pour moi. J’ai besoin de travailler avec un cadre, des horaires, et du temps pour mener à bien mes projets. Je suis tout bonnement incapable de torcher un article en moins d’une heure, contrairement à mes confrères qui sont de véritables machines à écrire vivantes (purée, le temps que je trouve comment mettre en page mon papier, ils ont déjà fini le leur !)

Lucky LukeMes collègues VS moi.

Je me retrouve donc à la case départ, ou plutôt à la case chômage. Car je suis désormais loin de mon point de départ : le journalisme. La remise en question n’est pas un exercice facile. Mais je ressors plus forte de cette expérience : je ne sais pas encore ce que je veux, mais je sais ce que je ne veux pas. Et ça, c’est déjà pas si mal.

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