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La scolarisation du harcèlement

Hier, c’était la journée de lutte contre le harcèlement scolaire. Habituellement, je ne réagis pas à l’actualité. Avec mon passé de journaliste, j’ai appris à prendre du recul sur à peu près tout. D’aucun diraient même que je suis devenue cynique, froide. Vous y croyez ?

Toujours est-il que cette fois, je ne peux pas rester de marbre face à tout ce que j’entends, tout ce que je vois ces-derniers jours. Radio, télévision, réseaux sociaux, presse écrite… Chaque média diffuse les témoignages de jeunes (parfois très jeunes, trop jeunes) victimes de harcèlement scolaire. Des témoignages poignants, horrifiants, insoutenables.

Tentatives de suicides, jeunes en dépression ou souffrant de phobie scolaire, harcèlement en ligne, climat de violence, voire d’ultra violence à l’école… #pasdevague J’en viens à me demander dans quel monde on vit. Parce qu’à mon époque, ce n’était pas comme ça. Pas à ce point. Je sais que la violence est un caractère immuable et protéiforme de l’Humanité, qu’elle a toujours existé et qu’elle existera toujours (j’aimerai croire qu’elle disparaitra, mais cela me semble fort peu probable).

Alors oui, j’entends les anciens parler de bagarres dans la cour de récréation, pour un sac de billes ou un jeu d’osselets. Mais était-ce du harcèlement ? Je ne sais pas.

La guerre des boutonsAh ben mon vieux ! Si j’aurais su, j’aurais pas venu…

Outre mon rapport personnel à l’école, je viens d’une famille de « profs ». Avec un papa enseignant en lycée professionnel et une maman enseignante, puis directrice dans le privé (les fameuses Maisons Familiales et Rurales à retrouver ici,  que je vous encourage vivement à découvrir !). Autant dire que dans la famille, l’Éducation n’est pas un sujet que l’on prend à la légère.

Pédagogie, préparation des cours, anecdotes de classes, administration et vie scolaire, évolutions (et dysfonctionnements) du système éducatif français… Autant de sujets qui alimentent nos discussions à la maison depuis des décennies. Avec leur expérience, mes parents ont à peu près tout vu, tout entendu, tout vécu. Et par extension, moi aussi.

Je travaille désormais dans un réseau d’écoles privées, et je me sens concernée à mon tour par l’avenir des jeunes, mais aussi par leur présent. A ce qu’ils vivent tous les jours, à l’école, mais aussi ailleurs. Je constate des choses, et j’ai mal. J’ai tellement mal pour eux. Non pas par excès d’empathie de ma part, mais parce qu’il m’est impossible d’être indifférente aux épreuves traversées par certains. Je suis dénuée d’instinct maternel, mais je suis une grande sœur. Et comme une grande sœur, j’ai cette envie irrépressible de les protéger.

 13 reasons why - HannahÉcouter, signaler si nécessaire, assurer un suivi. Ce n’est pas grand chose, mais cela peut parfois suffire à enrayer une situation avant qu’elle dégénère.

A mon époque #phrasedevieux, le harcèlement scolaire n’avait pas encore atteint sa forme actuelle. Je ne suis pas une spécialiste du sujet, mais j’ai été à l’école. Et je me souviens…

Je suis originaire d’une petite ville de montagne. J’allais dans une petite école primaire, puis dans un petit collège, puis dans un petit lycée. Peu de délinquance (tout du moins à mon époque, je ne sais pas de quoi il en retourne maintenant), pas vraiment de violence. Je n’ai jamais été confrontée au racket, je n’ai jamais pris de coup. Les téléphones n’en étaient qu’à leurs balbutiements. #nokia3310 Les réseaux sociaux n’existaient pas encore, du moins pas vraiment #MSN #caramail #overblog

Mais j’ai été insultée. Plusieurs fois. A cause de mon nez, trop gros (merci les hormones !). J’ai subi des remarques sexistes sur mes seins qui « poussent ». On a soulevé ma jupe, pour voir la couleur de ma culotte. Un jour, une saloperie de connard de merde a même jugé bon de cracher sur moi, parce que je l’avais dénoncé à la maîtresse (oui, cette fois-là, c’était en primaire) parce qu’il s’était caché dans les toilettes des filles pour nous regarder faire pipi (un vrai spectacle hors du commun !).

Au cours de mon enfance et de mon adolescence, j’ai eu mal. Au plus profond de moi. J’ai été touchée par tout cela. J’ai été si triste. J’ai pleuré, aussi. Moi qui adore la mode depuis toujours, à l’adolescence, j’ai arrêté de m’habiller comme je le voulais. Plus de chapeau (trop risque que les autres jouent avec), plus de jupe (trop de risque de se retrouver les fesses à l’air), plus de jolies coiffures (trop de risque de se faire sauvagement décoiffée). Je suis devenue transparente. Fade. Finies les extravagances, oubliée la personnalité.

Heureusement, je ne me suis jamais retrouvée seule contre tous. J’avais des amies. Surtout une meilleure amie, avec qui nous formions un duo sororel (les Zamies). La perspective de passer la journée en sa compagnie me donnait la force de me lever le matin pour aller en cours. Heureusement qu’elle était là. Je ne sais pas comment j’aurais supporté les années collège sans elle…

Merry PippinCeci est une private joke. Mais je pense que tout le monde est à même de comprendre !

Le temps a passé. J’ai grandi. J’ai survécu, sans avoir été brisée. Pour autant, je garde un très, très mauvais souvenir du collège, et aussi un peu du lycée (où une meuf en particulier a essayé d’avoir ma peau, par jalousie, pour une vague histoire de garçon). Avec du recul, je prends conscience que toutes ces petites remarques entraient bel et bien dans le sceptre du harcèlement scolaire. Alors oui, moi aussi, j’en été victime.

Pourtant, mon cas est loin d’être le pire. Je me souviens de faits graves, signalés à la notre CPE, aux pions, aux profs, voire même au proviseur. Et rien, rien n’a jamais été fait. Je me souviens d’un événement en particulier. Ce jour-là, une jeune fille (qui était déjà la tête de Turc de pas mal de monde) s’est fait uriner dessus par des pourritures. Oui oui, la meuf demandait rien à personne, et ces connard lui ont pissé dessus, comme ça, dans la cour de récré. Les limites de la cruauté sont décidément inatteignables. Témoin de la scène, j’avertis le CPE. Qui me répond qu’il « n’aime pas les rapporteuses » et me demande de sortir de son bureau. Tout va bien Madame la Marquise.

Je me souviens de ce sentiment d’abandon face à cette figure de l’autorité. De cette sensation d’injustice envers la victime, d’impunité pour ses bourreaux (qui n’ont jamais été sanctionnés).

Aujourd’hui, je suis une adulte. Je m’habille comme je veux, je suis fière de ma personnalité. Je porte des jupes tous les jours, je dépense des sommes folles en chapellerie et je coiffe mes cheveux selon mon humeur. Mon entrée dans la vie active a sonné ma renaissance. Je suis sauvée.

Mais qu’en est-il de ceux qui reste ? Ces jeunes, qui en ce-moment même sont confrontés au harcèlement ?

J’aimerais hurler : « Comment en est-on arrivé là ?! » à la Terre entière. Mais je me rends compte que c’est déjà la réaction de tout le monde. Alors pourquoi le harcèlement est-il un phénomène plus que jamais présent dans nos écoles ? Si tout le monde est conscient du problème, pourquoi rien ne bouge ?

Habituellement, je ne réagis pas à l’actualité. Habituellement, j’écris une conclusion bien sentie. Mais là, j’en suis incapable. Désolée, j’écrirai peut-être une conclusion à ce billet de blog le jour où le harcèlement scolaire aura, lui aussi, trouvé sa propre conclusion.

L’injonction d’être une fille

Partons d’un constat simple : je suis une fille. Enfin, une femme. Bref, de sexe féminin quoi. Ne t’en va pas, gentil lecteur, je ne vais pas entrer dans des débats alambiqués d’identité sexuelle ou de genre. Je suis né fille, je me sens fille, je suis hétéro. Voilà, maintenant que les présentations sont faites, je peux commencer à attaquer mon propos.

Je disais donc : je suis une fille. A ma naissance, mes parents étaient absolument ravis d’avoir une princesse à pouponnée. J’étais leur premier enfant, ils voulaient une fille, ils ont été exaucés (et en plus, j’avais les yeux bleus, maman était aux anges !) Or donc, ayant un grand écart d’âge avec ma petite sœur (12 ans, rien que ça) (si tu passes par-là sœurette, big up !), j’ai été élevée comme une « enfant unique ».

Sans vraiment s’en rendre compte, mes parents m’ont offert une éducation mi-fille / mi-garçon. J’explique. Mon papa est un grand bricoleur-inventeur. N’ayant pas de fils avec qui partager ses passions, c’est à moi qu’il a enseigné, dès mon plus jeune âge, à souder un composant électronique, poser des lattes de parquet ou réparer une tondeuse à gazon. Comme un « vrai bonhomme » ! (à prononcer avec un accent beauf, sinon la blague n’est pas drôle). Ces moments « père-fille » ont été un socle sur lequel repose une grande partie de mon enfance…

La Belle et son pèreC’est assez bien résumé.

D’un autre côté, mamounette s’est bien amusée avec moi, sa petite poupée : toujours habillée à la dernière mode, les cheveux longs coiffées d’une manière différente tous les jours, les chaussures coordonnées au manteau, lui-même coordonné au chapeau. Une petite princesse coquette ; que je suis restée, on ne se refait pas. #fashionvictim

D’ailleurs, comme beaucoup de petites filles, ma meilleure amie était Barbie. Pour moi, Barbie n’est pas juste une poupée « anorexique et superficielle », comme dénoncée par certaines de mes consœurs féministes. A l’inverse, à mes yeux Barbie est féministe. Elle vit seule (Ken n’a jamais eu de maison) et elle part en vacances avec ses BBF. Non contente d’être propriétaire de sa propre maison, elle possède également sa voiture, son camping-car, son bateau, son avion… Ses fringues et ses chaussures, elle se les achète toute seule, avec l’argent qu’elle gagne en exerçant tous les métiers du monde : médecin, institutrice, dentiste, hôtesse de l’air, chef cuisinier, zoologiste ou encore policière. Bordel ! A une époque où les femmes étaient encore soumises au protectorat de leur mari (1965), Barbie était déjà cosmonaute ! Alors qu’on ne vienne pas me dire que cette poupée n’a jamais été un modèle d’indépendance.

Barbie can do itSi Barbie peut le faire, alors toi aussi. 

Dès l’âge de trois ans, je jouais donc avec mes poupées Barbie, bien décidée à faire ce que je voulais de ma propre vie. Ce qui ne m’empêchait pas de jalouser mes cousins, qui avaient des petites voitures, avec un circuit et un garage. Un garage, nom de Dieu ! Qu’à cela ne tienne, mes parents m’ont offert la même chose le Noël suivant. Et puis un établi et des outils, parce que je voulais bricoler comme papa. Un point c’est tout.

Jamais, jamais, mes parents ne m’ont interdit de jouer avec des « jouets de garçon ». Jamais je ne les entendus me gronder parce que j’avais troué mon pantalon en faisant une cabane dans les arbres (bon, peut-être un peu, je ne m’en souviens plus). J’ai toujours pu faire les sports que je voulais, de la danse classique au ski, de la planche à voile à l’escalade. J’ai jamais fait de boxe, mais j’aurais pu.

Lara CroftÇa pourrait être moi. D’accord, je suis tétanisée à la vue d’une araignée et j’ai peur d’à peu près tout. Mais ça pourrait être moi. Si si. (ça fait de mal à personne de rêver un peu)

Aujourd’hui, je suis une blonde toujours tirée à quatre épingles, soigneusement maquillée, en jupe et talons. Ce qui ne m’empêche pas d’être redoutable si je dégaine mon 9mm (oui, je sais tenir une arme feu, non je ne suis pas à la NRA, merci, au revoir). J’ai une passion pour les licornes, et je suis fan de Rammstein (je suis fascinée par les Allemands qui vomissent une poésie magnifique et qui foutent littéralement le feu à la scène). Je suis une petite fille qui joue à la dinette, et un garçon manqué qui grimpe aux arbres. Je suis tout à la fois.

Alors oui, je parle de moi depuis des plombes, mais mon exemple n’est que l’illustration de la vie en général. Les stéréotypes n’existent tout simplement pas. Tout comme je n’ai jamais ressenti l’injonction d’être une fille, j’ai le sentiment de m’être créer une identité qui m’est propre. La féminité que je chéri tant n’est pas une soumission au sexe fort. Mes choix, tout comme ma vie et mon identité, n’appartiennent qu’à moi. J’entends d’ici que la société dans laquelle j’ai grandi y a fait pour beaucoup. Ce constat est indéniable, je ne souhaite pas entrer dans le débat.

Toujours est-il qu’il est impossible de réduire chaque individu à une caricature de lui-même, que ce soit son genre, son éducation, sa profession ou ses choix de vie. Je suis la somme de mes expériences passées et j’attends avec curiosité celles à venir, afin de voir qui je serai plus tard. Quand je serai grande.

L’impossible refus

J’ai jamais su dire non. C’est comme ça. Depuis toute petite, dire non à quelqu’un a toujours été un acte particulièrement difficile pour moi. Bien entendu, mes parents pourraient vous parler de mon refus catégorique de manger autre chose que des coquillettes de 3 ans à 5 ans. Mais ça, c’est une autre histoire.

Alors avant de rentrer dans le vif du sujet, je ne parle pas du fait de « dire non » dans la sphère privée. Là, pas de souci : si je ne veux pas faire un truc, je saurai le dire à mon conjoint. Non non. Le problème, c’est que je suis incapable de dire non à qui que soit, dès lors que je passe dans la sphère publique ou professionnelle (ou scolaire, quand j’étais petite). D’ailleurs, je me souviens de copines, à l’école primaire, qui se fâchaient régulièrement avec moi lors d’embrouilles dans la cour de récré : « Mais Émilie, tu avais dit que tu étais ma copine, pas celle de Marie ! Joue avec moi, pas avec elle ! ». Bien entendu, j’acceptais. Et le lendemain, c’était Marie qui venait me demander l’exclusivité et de nouveau, j’acceptais. Bref, même pour des gamineries, j’étais incapable de dire non, de peur de me mettre telle ou telle copine à dos. (alors qu’au final, il se passait tout le contraire).

Cela m’a poursuivi toute ma vie. Un prof me demande de faire du zèle ? Pas de souci. Un vendeur de chez France Loisir me force la main pour un abonnement ? Je cède à regret. Une vendeuse me dit que dans cette robe je suis « absolument magnifaïk ma chérie » alors que je ressemble à un boudin blanc ? Tant pis, je l’achète, ça lui fera plaisir. Aujourd’hui encore, je ne compte plus les relous de soirées dont je n’arrive pas à me débarrasser, parce que trop polie pour dire : « Vas au diable, abruti ! Tu ne m’intéresse pas ! »

Bree Van De Kamp 1Voyons très cher, je suis bien trop classe pour ça.

Mais le pire, c’est au boulot. Savoir dire non à mon employeur – un collègue – un collaborateur – un partenaire relève du défi le plus absolu. J’aimerai, ah ça oui, j’aimerai pouvoir le faire ! Mais c’est impossible. Un collègue me demande de faire un truc à sa place parce qu’il n’a pas le temps ? Je le fais, no problem, même si ça pénalise mon propre travail. Mon patron me demande de faire un truc que je trouve inutile ? Je vais le faire à contrecœur. Bref, vous avez compris.

Sauf que. Sauf que je fonctionne un peu comme une cocotte-minute : j’emmagasine beaucoup de choses, jusqu’à ce que ça explose. Le plus souvent, j’attends d’être chez moi pour ça. Je m’énerve, je crie, je pleure. Dans cet ordre. Toujours.

Mais parfois (c’est arrivé deux fois, en fait), la colère ne peut plus attendre. Il faut qu’elle sorte. Maintenant. Tant pis si je suis au travail. Et dans ces moments-là, je sais que ça peut surprendre. Je hausse le ton, je tiens tête. Bref, je me fâche quoi.

Hulk 1Trop, c’est trop !

En réalité, j’essaye de travailler sur moi pour apprendre à dire non. C’est plus sain de savoir mettre les barrières au bon moment. Mon chéri me coach depuis des années pour que j’arrive enfin m’affirmer à l’extérieur. Ce qui n’est pas facile tous les jours…

Les raisons qui me poussent à toujours dire oui à tout sont finalement assez simples : peur de fâcher mes amis ou mon employeur, vouloir être appréciée de tous, besoin de reconnaissance… Pas la peine d’aller voir un thérapeute pour dénouer le problème, je connais. Merci mais non merci.

Comme j’ai déjà eu l’occasion d’en parler dans mon précédent billet de blog (à retrouver ici), j’ai passé plusieurs entretiens d’embauche ces dernières semaines. J’ai tout donné, et finalement ça a payé. Je ne peux pas en dire plus pour l’instant… Toujours est-il que j’ai dû être particulièrement convaincante, puisque j’ai eu plusieurs réponses positives. Le drame ! Je sais ce que vous vous dîtes : « Non contente de chercher un boulot depuis des mois, la meuf se paye le luxe de pouvoir choisir son nouveau taff ! Pourquoi elle en fait des caisses ? » Mais parce que je n’aime pas choisir, voilà pourquoi ! Je me suis retrouvée dans une situation bien embarrassante : paniquer, lister les points positifs et négatifs de chaque poste, paniquer, bien réfléchir, paniquer, pleurer, paniquer, respirer, faire un choix. Et dire non à un potentiel employeur. Refuser une proposition de travail. Dire non. Dire non, enfin. NON, putain.

Dolores 1J’ai su dire non. Ça y est. Planquez-vous. L’heure de la rébellion a sonné.

En définitive, j’ai encore beaucoup de progrès à faire. C’est pas demain la veille que je vais faire la loi, avec mes amis ou au travail. Ce n’est pas le but d’ailleurs. Mais j’essaye de m’affirmer, de prendre de l’assurance dans certaines situations. Et j’évite de me retrouver auprès de personnes abusives, qui profiteraient de ma gentillesse. Ou de ma connerie. Tout est une question de point de vue.

L’épreuve de l’entretien d’embauche

On va être clair : je ne vais pas vous demander de suivre en détail ma vie professionnelle, qui est assez compliquée comme ça. C’est ce qu’il se passe quand on quitte un CDI : c’est toujours un peu le bordel bazar.

Après avoir vécu une chouette expérience comme prof, mon contrat s’est arrêté. C’est comme ça, le gars que je remplaçais est revenu bosser. Vous savez ce que l’on dit : le malheur des uns fait le bonheur des autres. L’inverse est aussi valable. Bref, par le truchement du destin, j’ai taffé comme chargée de communication pendant quelques mois, dans un établissement de formation.

Si vous me lisez, vous savez que cela fait un bon moment que je cherche un job dans cette voie. Après tout, ça reste ma came d’écrire des articles, de prendre des photos et de causer avec mes anciens confrères journalistes.

Comme le destin a un drôle de sens de l’humour, je me suis retrouvée ces deux dernières semaines à passer TROIS entretiens d’embauche. Diantre, c’est merveilleux, me direz-vous ! Et bien oui, c’est merveilleux. Surtout quand cela fait des mois que je nage dans le néant du chômage, avec pour seul contact avec le monde du travail que des lettres de refus : « nous avons bien reçu votre candidature, merci, mais non merci ». Et puis bon, on ne va pas se mentir, tous les contrats de travail que j’ai décroché dernièrement n’ont pas fait suite à une annonce Pôle Emploi, mais grâce à mon réseau.

C’est donc avec joie et allégresse que je reçois non pas un, ni deux, mais bien trois coups de téléphone pour me convoquer à un entretien d’embauche, à chaque fois comme chargée de com.

Jeff TucheRecevoir une réponse positive, c’est possible ; mais pas deux. Recevoir deux réponses positives, c’est possible ; mais pas trois. Recevoir trois réponses positives, c’est possible, mais… Ah bah si, c’est possible. (seuls les vrais reconnaîtront ce trait d’humour !)

Me voilà donc au rendez-vous, sapée comme jamais (loulou et boutin) (je vous épargne le reste des paroles de ce fleuron de la chanson française), le cœur en liesse, mais aussi avec un mal de bide terrible. On ne se refait pas.

Bon, quitte à être franche dans ce billet d’humeur, allons-y tout de go : j’adore les entretiens. Vache ! C’est déjà tellement difficile d’en obtenir un, qu’une fois que j’y suis, j’y vais sans détour : sourire, voix claire sans trembler, réponse à toutes les questions, bonne connaissance de l’entreprise, etc. Ça, c’est le côté cool. Parce que vois-tu, cher lecteur assidu, dans certains boulots, l’entretien ne suffit pas. Non non non. Le recruteur ne veut pas juste savoir si tu présentes bien. Il veut savoir comment tu bosses ; ce que tu sais faire. On ne va pas t’engager sur ta bonne gueule ! Le but, c’est bien de vérifier l’état de la marchandise avant de signer le bon de commande. Que voulez-vous ma pauvre dame, c’est la crise !

Arrive donc le moment tant redouté : les épreuves techniques. Pour ceux qui ne connaissent pas (même si c’est une pratique assez répandue dans plein de professions), c’est ni plus ni moins qu’un putain d’examen. Dont tu ne sais pas à l’avance sur quoi il va porter. Ni combien de temps il va durer. Ou ce que l’on va te demander de faire. La joie !

J’ai surement dû le dire à un moment ou à un autre : j’adore l’école. J’ai toujours kiffé ça. Mais faire un contrôle sans avoir révisé avant, c’était ma hantise. Véridique ! Alors autant dire que les épreuves techniques représentent pour moi la quintessence de l’Enfer.

Buffy contre les VampiresPas de problème, la prochaine fois je viendrai avec un pieu et une gousse d’ail.

Installée dans une salle avec tous les autres candidats, histoire de bien mettre la pression (et de jauger la concurrence), j’attends de savoir ce que l’on va bien pouvoir attendre de moi. Le prof, pardon le responsable RH, distribue les sujets et nous demande d’inscrire notre nom sur les copies travaux. Et puis c’est parti. Les jours de chance, on nous demande de travailler sur ordi. Mais le plus souvent, c’est feuilles blanches A4 et stylo. Point. Nom de Dieu, ça fait dix ans que j’écris sur Word, je ne sais plus tenir un crayon !

Vient ensuite le grand spectacle : la galerie des autres candidats : la jeune adulte qui sort de l’école, la séniore qui change de voie, le jeune homme timide et appliqué, la nana exubérante déjà dans la place « parce qu’elle connait tout le monde ici »… Chacun sort ses affaires. Et là, c’est la stupeur : trousse, stylos multicolores, double-décimètre (j’avais oublié l’existence de cet outil resté en classe CP), tipex, stabilos. Et même une F*CKING calculatrice (pourquoi ?!). Sans oublier la bouteille d’eau et le gouter, faudrait pas tomber dans les pommes pendant l’épreuve.

Et dans tout ça, il y a moi. Avec mon book contenant mes articles, mais pas de trousses, ni de stylos aux mille couleurs. Juste mon stylo promotionnel que j’utilise pour ma liste de courses et qui, chance !, reste à demeure dans mon sac à main. Ouf, je ne serai pas obligée d’écrire mes réponses avec mon sang. Désolée Satan, ce sera pour une autre fois !

Men in Black

Je suis à gauche. Mais je ne suis pas Will Smith. Et je ne postule pas pour Men in Back.

S’ensuit une course contre la montre, aka faire état de l’étendue de mes compétences techniques en un temps très limité. Le pire, c’est de finir avant les autres : est-ce moi qui suis performante ou est-ce que j’ai loupé un truc ? Mais la règle d’or est la suivante : ne jamais, je dis bien JAMAIS sortir de la salle en premier. Quitte à dessiner sur l’énoncée, je refuse d’être la première quitter l’épreuve. Je sais bien que c’est une lubie sans fondement, mais j’assume.

Puis c’est l’attente. L’attente. La longue attente du coup de téléphone qui annonce une nouvelle carrière, ou anéanti tous les projets que j’avais bâti sur ce nouveau travail. Le calme après la tempête.

Le constat de la DeLorean

Aujourd’hui, j’écris un billet qui change. Je fais un truc inédit. Il y a peu, j’ai lu un bouquin vachement bien, intitulé Lettres à l’ado que j’ai été. Le principe est simple : s’écrire une lettre à soi-même. Ou plutôt, à sa version « adolescente ».

Je ne sais pas vraiment ce qui m’a chamboulée dans ces lectures, mais cela m’a vraiment donné envie d’écrire ma lettre. Peut-être parce que j’approche de la trentaine, que je suis à un tournant dans ma vie professionnelle, que cela fait tout pile dix ans que j’ai passé mon Bac… En fait, je ne sais pas vraiment ce qu’il s’est passé dans ma tête, mais j’ai ressenti un besoin immédiat et irrépressible de m’installer devant mon clavier, et de m’écrire cette lettre. Que voilà.

Betty Cooper 2

« Salut toi, c’est ton toi du futur. A l’heure où je t’écris, j’ai 28 ans et toutes mes dents (sauf les dents de sagesse, tu verras, ce sera pas une partie de plaisir). Et pour répondre tout de suite à la question qui doit te tarauder : non, je ne suis pas devenue la nouvelle Claire Chazal. Déso. Par contre, j’ai une belle vie. Et pas mal de trucs à te dire.

Tout d’abord, tu n’es pas trop grosse. Ce sont ces putains d’hormones liées à la puberté qui te donnent cette impression. Ces mêmes hormones qui ont fait grossir ton nez. D’ailleurs, ne t’en fais pas, il finira par retrouver une taille standard ; je t’assure que tu n’auras pas besoin d’une rhinoplastie. Et pour continuer dans les bonnes nouvelles, ces immondes lunettes que tu exècres disparaîtront en temps voulu. La chirurgie au laser fait des merveilles avec la myopie !

Orange MécaniqueUn très mauvais moment à passer, l’opération au laser. Mais ça vaut vraiment le coup de souffrir !

Tu es mal dans ta peau, je le sais. Je ne m’en souviens que trop bien. Cette impression de ne pas être jolie, ces cheveux gras, ces garçons qui ne s’intéressent pas à toi… Des souvenirs qui me hantent encore maintenant. En ce qui concerne les boutons d’acné dans le dos, désolée de te décevoir, mais ils sont toujours là. Sacré fléau ces saloperies ! Mais pour le reste, tu gères. Tu as pris confiance en toi, tu t’assumes physiquement ; et crois-moi si tu veux, mais tu te trouves jolie ! Si si.

Si les garçons ne semblent pas s’intéresser à toi, ce n’est pas forcément parce que tu es moche. Ce sont de gros bébés immatures, particulièrement égocentriques, qui ne pensent qu’à eux-mêmes. D’ailleurs, si j’ai un conseil à te donner : ne te considères pas comme une héroïne gothique malheureuse et torturée parce que ton crush ne te regarde pas. Vraiment, arrête d’écouter Mylène Farmer en pleurant, tu es ridicule. L’Amour, le vrai, ce n’est pas ça.

Mylène FarmerReprends-toi ! Ce n’est pas la fin du monde si Machin ne t’as pas regardée aujourd’hui…

En revanche, ce n’est pas grave si tu ne collectionne pas les petits copains. Tu n’es pas en train de gâcher ton adolescence parce que tu ne fais pas la fête tous les soirs. Voire même jamais. Ce n’est pas non plus une honte si tu joues de la musique classique au lieu d’aller en boîte de nuit. Ne te torture pas avec ça. D’ailleurs, avec du recul, je pense que tu devrais commencer à faire le tri dans certaines de tes amies. Si elles ne t’invitent pas à la fête dont elles parlent sans cesse devant toi, c’est que ce sont des pétasses. Point. Oui, je suis devenue un peu aigrie avec l’âge, c’est comme ça.

Je sais qu’en ce moment, tu te cherches un style, comme on dit nous les vieux. Mais j’ai une confidence à te faire : tu n’auras jamais le cran de te faire un piercing sur la langue ou de te teindre les cheveux en bleu pétrole. Vraiment, je sais que tu voulais le faire, mais… Nope. A l’heure actuelle, je suis toujours blonde et je n’ai pas de tatouages. Et si je puis me permettre : enlève ce sarouel et ce t-shirt Tie-and-dye tout de suite ! Tu t’es cru où ? A Woodstock ?! Tu as toujours aimé le look BCBG, toi-même tu sais. Alors à quoi bon se mentir ? Pourquoi essayer de te convaincre que tu es une hippie qui va changer le monde, alors qu’au fond de toi, tu sais très bien que tu es plus « vacances dans un hôtel 5* » que « humanitaire au Sénégal » ? Je t’entends protester, dire que mes propos ne sont ni éthiques, ni responsables. Et bien ma très chère, tu apprendras à tes dépends qu’on ne peut pas plaire à tout le monde. Même quand on a de bonnes intentions.

7c5f5668f64d3337ac43e37d03eef7a4Tu ne partiras pas non plus faire un « road trip spirituel en Inde ».

Pour finir, j’ai une hyper bonne nouvelle pour toi. Tu n’es pas un ovni parce que tu regardes Star Wars, que tu lis Tolkien et que tu te déguise secrètement en Buffy contre les Vampires. En fait, tu es geek. Dans quelques temps, tu te rendras compte que tu n’es pas seule et que tu fais partie d’une grande communauté. Tu pourras te cosplayer en Harley Quinn et en Sailor Moon sans avoir la honte, bien au contraire ! La culture geek est même devenue mainstream de nos jours : la fantasy médiévale que tu affectionnes tant est devenue une série regardée dans le monde entier (Game Of Thrones, retiens bien ce nom), Peter Jackson nous a permis de revenir à Hobbitebourg dans l’adaptation du Hobbit et l’univers de Star Wars est plus que jamais d’actualité (je ne t’en dis pas plus).

Voilà. J’aimerai te dire que tu vas devenir une journaliste célèbre. Mais non. Je peux simplement t’encourager à continuer tes chroniques pour la radio locale, ça portera ses fruits, tu verras.

Continue à lire passionnément, à aimer l’art inconditionnellement, à écouter Dvořák et Tchaïkovski amoureusement. Ne fais pas attention à ceux qui te traitent d’intello. J’ai croisé certains d’entre eux il n’y a pas si longtemps, et je peux t’assurer que la roue tourne.

Tu as dû te rendre compte que je suis devenue encore plus cynique qu’avant. C’est comme ça. Mon caractère a évolué avec mes expériences de vie. Mais je suis heureuse. Et je te garantis que tu le seras aussi. Mais pour cela, il ne faut pas brûler les étapes.

C’est pourquoi, même si je le pouvais, je ne te ferai pas parvenir cette lettre. Tu as tellement de choses à découvrir que ce serait une bêtise de t’empêcher de vivre pleinement ces expériences. Si je pouvais te dire une seule chose, Emilie du passé, c’est de croire en toi. Le chemin de l’accomplissement sera encore long, mais chaque brique que tu poses construit une route belle et ensoleillée.

Courage et robustesse ! Je crois en toi. »

La question du « bon prof « 

Je ne sais pas vous, mais moi, quand j’étais au collège, je me demandais si je serais une bonne prof si un jour, les rôles s’inversaient. Parce qu’il y avait des profs que j’aimais bien, mais qui n’étaient pas de bons enseignants, c’est-à-dire qu’on rigolait bien mais qu’on apprenait pas grand-chose. Il y avait ceux que personne ne voulait avoir, parce qu’ils étaient sévères, mais avec qui on apprenait vite et bien. Et puis il y avait les autres. Cette catégorie à part entière de « bons profs », qui, en plus d’être hyper sympas, nous intéressaient à la matière qu’ils enseignaient avec passion. Chapeau l’artiste.

Perso, j’avais beau être dans un bon lycée, le nombre de ces « bons profs » se compte sur les doigts d’une main. Oui. Si mes souvenirs sont exacts, je n’ai pas dû en avoir plus de quatre ou cinq sur toute la durée de ma scolarité.

L’enseignement m’a toujours intéressée. Clairement, j’ai toujours kiffé expliquer les choses, que ce soit à mes lecteurs ou à mes amis (désolée pour ceux qui me supportent en soirée combo : madame-je-sais-tout + alcool). Alors forcément, après un an au chômage et une remise en question de mon métier de journaliste, j’ai commencé à me poser des questions sur ma réorientation professionnelle.

AliceQuand t’approches de la trentaine et que tu sais plus quoi faire de ta vie…

Après un long bras de fer avec Pôle Emploi (impliquant lettre avec AR, coup de fil de la directrice en personne, changement de conseillère et rendez-vous avec la psy du travail), j’ai réussi à décrocher une immersion professionnelle. En tant qu’enseignante.

Bon, en fait, le terme exact, ce n’est pas enseignante. C’est « formatrice », dans un établissement d’enseignement privé. Là-bas, les jeunes de 4ème, 3ème, 2nde et 1ère étudient dans un système en alternance, c’est-à-dire qu’ils ne vont à l’école que la moitié du temps. Tous les quinze jours, ils sont en stage, ce qui leur permet de découvrir le milieu de professionnel de leur choix. Grosso modo, c’est vachement bien pour les élèves qui ont les capacités de passer leur Brevet et leur Bac, mais qui n’aiment pas franchement rester assis sur les bancs de l’école.

Alors on ne va pas se mentir, faire cours à des jeunes qui n’ont pas franchement envie d’être là, c’est chaud patate. Le premier jour, j’ai doucement fait connaissance, accompagnée par un de mes collègues. Le deuxième jour, ce fut le baptême du feu. La cage aux lions. Sans avoir appris à dresser les lions en question. Et sans fouet. Sinon c’est pas drôle. On dit toujours que les jeunes « testent » leurs nouveaux profs. Bah moi, ils m’ont crash-testée. Sans pression. Initialement, je devais juste distribuer une interro préparée par une collègue, et surveiller ladite interro. Ça s’est terminé avec des gamins debout, qui chahutent tellement fort que je n’entendais même plus le son de ma propre voix. Et puis des insultes (entre eux, pas sur moi, faut pas pousser mémère non plus). Et le ballet aérien des stabilos, subitement dotés du pouvoir de voler d’un bout à l’autre de la pièce.

Home alonePlus jamais. PLUS JAMAIS !

C’est à cet instant précis, quand tu penses être à bout émotionnellement, que ce produit l’impensable. Au moment où tu crois que non, merci, tu n’es pas faite pour ça, la vapeur se renverse.

Dans cet établissement (qui s’appelle une Maison Familiale et Rurale, renseignez-vous, c’est une bonne alternative à l’éducation nationale), les élèves sont tous internes et les profs ont des permanences le soir pour participer à la vie de l’internat. Me voilà donc à la veillée, face à face avec les petits monstres qui m’ont victimisée pendant deux heures. Le repas se passe bien, la soirée aussi, même si je reste un peu tendue. L’heure du coucher approche quand soudain, certains sortent de leur chambre, en pyjama, le sourire aux lèvres, et s’assoient dans le couloir que je surveille. « Madame, on a vraiment été cons cet aprem », murmure une jeune fille qui avait été particulièrement indocile. En effet, je confirme. « Franchement, on est désolés. Faudra plus qu’on recommence… », renchérit une autre. Ouaip, ce serait mieux, merci. Quelques instants plus tard, les voilà qui commencent à se confier. Doucement, j’entr’aperçois un petit morceau de leur vie, de leurs rêves, de leurs difficultés, de leurs envies. Et j’écoute. Je ne juge pas. Je ne cherche pas à tout comprendre. J’essaie de ne pas absorber certaines émotions. Mais je suis là, attentive à leurs paroles, prenant garde à ne pas trahir cet instant de grâce. Il est vingt-deux heures, ils vont se coucher, je rentre chez moi. Je suis sonnée. Je m’endors sans avoir réellement compris cette journée de folie.

La Belle au bois dormantEn toute honnêteté, je sais pas si dormir cent ans m’aurait suffi pour récupérer.

Dès le lendemain, j’ai su que j’étais faite pour ce métier. La préparation des cours me rappelle les recherches de ressources avant l’écriture d’un article. Je choisis les supports que je veux (Youtube est ton ami ^^), j’aborde des sujets qui me tiennent à cœur, j’arrive à avoir le calme dans mon cour sans souci (la joie de pousser une gueulante dès huit heures du mat’ !). En face, les jeunes écoutent, prennent des notes, posent des questions. Bordel, ils sont intéressés !

Et moi, je suis contente d’être là. J’aime bien être catégorisée de « prof ». A mes yeux, c’est une fierté. Pour une fois, j’ai le droit d’être Madame Je Sais Tout. Et surtout, lorsque le cours s’arrête, ce n’est plus aux élèves de m’écouter, mais à moi d’être là pour eux. La dimension d’accompagnement a été une réelle découverte pour moi (j’ai tendance à être vachement égocentrique) et j’aime ça. Pas au point de devenir éduc, faut pas mélanger les rôles, mais tout de même.

Malgré ma tendance au désenchantement, je me prends à penser à cette jeune génération. Cette argile, déjà modelée, mais à qui il est possible d’enseigner certaines notions, certaines valeurs. Ces jeunes qui ont besoin de conseils, et que je n’ai pas envie de laisser tomber. Alors je ne sais pas si je peux être une bonne prof. Mais c’est évident que l’enseignement a révélé ce qu’il y a de bon en moi.

Route, déroute, fausse route

Ceux qui me connaissent depuis longtemps le savent : journaliste, ça a toujours fait partie de moi. Une légende des temps anciens, retrouvée gravée sur une tablette enfouie au fond d’un temple Inca, raconte qu’à l’âge de quatre ans, j’interviewais mes peluches dans ma chambre, avec un vieux magnétophone à cassette. Bon, en vrai, point de tablettes archéologiques dans ma vie, cette histoire je le tiens de ma maman chérie.

Toujours est-il que je ne me suis jamais posé la question de ce que je voulais faire plus tard. Bon, OK, j’ai peut-être eu une vague période vétérinaire / astronaute / égyptologue, mais grosso modo, le journalisme a toujours été un projet de vie inné chez moi. Mais genre, vraiment, puisque je ne saurai même pas dire d’où me vient cette envie. J’aimais bien Tintin, mais je ne m’y identifiais pas (quoiqu’il parait que j’ai un air de famille avec Milou. Cherchez pas, toutes les vérités ne sont pas bonnes à savoir). Nous n’avions pas non plus de journaliste dans la famille, du moins pas quand j’étais petite. Bref, c’est comme ça, journaliste, c’était ma voie. Une puissance intersidérale devait l’avoir décidé en haut lieu.

Dieu Simpson(à prononcer avec une voix caverneuse)

Toujours est-il que je n’ai jamais, mais alors là JAMAIS, failli à mon projet professionnel. J’ai même pris pas mal d’avance, puisque j’ai commencé mes premières chroniques radiophoniques dès l’âge de 14 ans, alors que j’étais encore au collège. Dès lors, ça ne m’a plus jamais quitté. En parallèle de mes études, j’ai toujours eu une activité journalistique. TOUJOURS. Et toujours à titre bénévole, d’ailleurs. Ma générosité n’a pas de limite.

En fait, quand j’y repense, je me rends compte que même les gens qui ne me connaissaient pas très bien (des ados qui étaient dans mon lycée ou des étudiants que je croisais à la Fac) m’identifiaient comme LA journaliste (une « fonction » est souvent plus facile à retenir qu’un prénom). Même sans carte de presse, c’était une sorte de statut qui émanait de moi. Surement parce que j’avais toujours un micro dans ma poche et l’appareil photo autour du cou. #cliché

 Veronica MarsMoi au lycée. Sauf que je ne n’enquêtais pas sur des meurtres. OSEF, c’était cool quand même.

Puis je suis entrée dans la vie professionnelle. Sans blague, est-il utile de préciser dans quel secteur ? J’ai commencé petit, avec un poste de journaliste dans un magazine agricole. Je n’étais que joie et allégresse quand j’ai signé mon contrat de travail, qui concrétisait enfin mon statut (et accessoirement, me payait pour vivre de ma passion !). Rien que ça.

Au bout de quelques années, j’ai voulu passer à autre chose et j’ai quitté mon boulot (des joyeux souvenirs à retrouver dans un précédent billet de blog). Je suis en suite restée quelques mois au chômage (encore une belle expérience à retrouver ici) et j’ai écrit un bouquin (pas encore terminé, bordel, lâchez moi avec ça). Et puis, le hasard faisant bien les choses, l’opportunité s’est présentée de devenir journaliste pour l’unique quotidien de mon département. Notre Monde à nous. Une fois encore, j’étais que joie et allégresse quand j’ai reçu la nouvelle.

Pinkie PieTout pareil, avec une bouteille de champagne et un canon à confettis en prime.

C’est donc la fleur au fusil, ou presque, que j’ai repris mon job de journaliste. Alert spoiler : l’histoire ne se termine pas bien. L’écrasante majorité de mes amis et connaissances dans le journalisme travaille pour ce quotidien. J’étais donc ravie (ravie ravie ravie ravie ! et aussi un peu flattée) quand, à peine une heure après avoir signé mon contrat, les messages de mes confrères ont afflué, me félicitant d’avoir rejoint le réseau. Après six ans passés dans une rédaction où j’étais la seule journaliste, j’avais enfin des collègues qui faisaient le même métier que moi ! #troplaclasse

Sauf que passer d’un hebdomadaire (pour ceux qui ne suivent pas au fond de la classe, c’est une publication qui paraît une fois par semaine) à la presse quotidienne locale, ça change de rythme. Vraiment. J’ai dû faire face à pas mal de trucs dont j’ignorai jusqu’à l’existence même : pas d’horaires définis, des sujets tardifs (qui se finissent très tard, à écrire pour le lendemain sinon c’est pas drôle) et les astreintes de nuit (comme les pompiers ou les poulets : si on t’appelle, t’enfiles un jean et tu vas sur le terrain fissa fissa).

 GhostbustersWho you gonna call?

Rapidement, j’ai pris la mesure des responsabilités et des contraintes qu’impliquait ma nouvelle profession. Et je me suis rendu compte qu’en fait, je n’étais peut-être pas faite pour ça. Grosse, grosse remise en question. Et à presque trente ans, quand on a passé sa vie à avoir la certitude qu’on était prédestinée à un métier, ça fait mal. Vraiment, c’est la pire prise de conscience de ma vie (après la mort, bien sûr). Coup de bol, le journal ne signe que des CDD courts pour les nouveaux arrivants, j’ai donc pu quitter mon boulot sans trop de souci. Mais quand même… Quitter le boulot qui nous faisait rêver au bout de quelques semaines, c’est terrible. Et c’est la honte. J’étais terrifiée par le jugement que pourraient porter mes confrères et amis sur ma décision de quitter l’entreprise dans laquelle ils s’éclatent complètement.

Je vous assure que j’ai pris la juste mesure des choses quand j’ai choisi de refuser la reconduite de mon contrat. Pire encore : si j’avais eu un entretien d’embauche (mon recrutement s’est fait en moins de deux minutes par téléphone) où on m’avait expliqué précisément la charge de travail à accomplir, j’aurais probablement refusé. Ou peut-être pas, car j’ai parfois un sens du challenge un peu suicidaire.

Ce qui est sûr, c’est que moi qui ai toujours cru être journaliste, j’étais en réalité bien loin du compte. Mon approche serait plus celle d’un travail de rédactrice. Bon, la limite est un peu mince, mais ça a de l’importance pour moi. J’ai besoin de travailler avec un cadre, des horaires, et du temps pour mener à bien mes projets. Je suis tout bonnement incapable de torcher un article en moins d’une heure, contrairement à mes confrères qui sont de véritables machines à écrire vivantes (purée, le temps que je trouve comment mettre en page mon papier, ils ont déjà fini le leur !)

Lucky LukeMes collègues VS moi.

Je me retrouve donc à la case départ, ou plutôt à la case chômage. Car je suis désormais loin de mon point de départ : le journalisme. La remise en question n’est pas un exercice facile. Mais je ressors plus forte de cette expérience : je ne sais pas encore ce que je veux, mais je sais ce que je ne veux pas. Et ça, c’est déjà pas si mal.

La déchéance des illusions

Au risque de me répéter (qui moi ? non, jamais), j’écris un roman. Il se trouve que j’ai la chance d’habiter dans une ville où se déroule un salon littéraire dédié aux mondes imaginaires : les Imaginales. Trop de bol, la fille !

Il y a un an, j’y étais allée sans prétention aucune, juste pour voir. J’y avais suivi des conférences super intéressantes, et rencontré des auteurs fantastiques. J’en suis ressortie changée, motivée comme jamais, bien décidée à écrire un livre, moi aussi. A l’époque, j’en bavais pas mal dans mon boulot, et la perspective de devenir écrivain scintillait comme une petite lueur d’espoir.

Un an plus tard, me revoilà aux Imaginales. Entre temps, j’ai quitté mon taff pour me consacrer à l’écriture et j’ai bien avancé sur mon roman. Bref, je suis au taquet ! Je me suis concocté un petit programme pas piqué des hannetons : une masterclass d’écriture avec des auteurs confirmés, une foultitude de conférences, la rencontre avec mon écrivain préférée, et un rendez-vous avec des éditeurs. Voilà voilà.

MinionMon état, la veille du festival.

Pour être complètement franche, j’ai vécu une semaine en dents de scie. Recevoir des compliments sur ma façon d’écrire par des grands noms de la littérature fantasy, c’est trop cool ! Se rendre compte deux heures plus tard qu’il n’était pas possible de vivre de ses romans en France, c’est vachement moins bien. Comprendre que l’édition est un monde impitoyable, que la conversion d’un contenu créatif en monnaie sonnante et trébuchante est une partie perdue d’avance, ça donne envie de se pendre déstabilise.

Loin de moi l’idée de vouloir devenir riche et célèbre en vendant mes livres (quoique la richesse, la postérité, tout ça  tout ça peut avoir son charme). Mais c’est quand même balot de ne pas pouvoir se tirer un salaire quand on passe des mois, voire même des années pour certains, à écrire une histoire avec nos tripes.

RogerPourquoi ?!

Vous commencez à me connaître maintenant, et vous savez, j’en suis sûre, que j’ai tendance à noircir le tableau. En vrai, j’ai vécu des expériences plutôt trop bien pendant cette édition des Imaginales. Déjà, j’ai rapidement compris la chance que j’avais d’habiter sur place, vu que la plupart des jeunes auteurs (comme moi) avec qui j’ai sympathisé venaient de loin.

Ensuite, j’ai noué des relations avec des confrères écrivains, avec qui j’ai partagé pas mal de trucs. J’ai bu des coups, parlé littérature, je me suis enjaillée quoi. J’ai rencontré mon auteur fétiche, Samantha Bailly, pour ne pas la nommer. (wesh, tu l’as vu ma prétérition ?!) (prétérition : dire qu’on ne va pas parler de quelque chose alors qu’on en parle) (bref, ça suffit les digressions, revenons à nos moutons) (quoi ?! tu ignores ce qu’est une digression ? achètes un dictionnaire, je ne vais pas tout t’expliquer). Je disais donc, que non contente d’avoir discuté avec Samantha Bailly, je lui ai payé un verre et elle m’a donné de précieux conseils. La classe internationale, je vous dis !

Astier

Enfin, je peux me vanter d’avoir rencontré Satan. Non, cette fois-ci je ne le nommerai pas. C’est comme Voldemort, faut pas prononcer son nom. Toujours est-il que j’ai eu le privilège d’être reçue par le big boss d’une grande maison d’édition spécialiste de la littérature fantasy. Le mec badass, qui a la réputation de bouffer de l’écrivain au petit déj. Autant vous dire que j’en menais pas large, avec mon manuscrit sous le bras. Le cœur battant, je lui ai raconté les grandes lignes de mon histoire, en essayant de ne pas trop le regarder dans les yeux, au risque de me changer en statue de sel. Contre toute attente, il a kiffé mon pitch. Genre, vraiment. Je suis ressortie de l’entretien avec la consigne de finir mon manuscrit, et de revenir le voir. Alors que certains auteurs doivent attendre trois ans pour avoir une réponse de sa part. Je suis ressortie de l’entretien assez contente, je dois l’admettre.

Le magicien d'OzQuand le Voldemort de l’édition compare ton récit à une version fantasy du Magicien d’Oz qu’il aurait adoré lire quand il était ado.

Cette rencontre avec le monde de l’édition m’a aussi permis de côtoyer des confrères jeunes auteurs, et sa palette de typologies toutes plus farfelues les unes que les autres. Il y a ceux qui se targuent d’avoir au moins dix manuscrits terminés sous le coude, jamais édités, pourtant considérés par eux-mêmes comme des superstars. « Tu en es à ton combientième roman, toi ? » « Bah, à mon premier. Pas encore fini… » « Ah, Ok… » (c’est dans ces cas-là que j’éprouve un désagréable syndrome de l’imposteur). Il y a ceux qui n’écrivent pas en Français, parce que [insérez ici n’importe quelle raison valable]. « Genre ? T’écris en Français, toi ? » « Ben ouais. C’est déjà bien assez compliqué de maîtriser sa langue maternelle, alors je me vois mal rédiger un pavé de 500 000 signes en Anglais. Déjà que je regarde les séries en VF… » Et puis il a ceux qui sortent des rencontres avec les éditeurs en se vantant d’avoir signé un contrat de publication. Avec tout le monde. « Avec Machin, ça s’est très bien passé. Je signe un contrat. Et avec Bidule aussi. Je signe un contrat. Sans oublier Truc. Ils veulent que je signe un contrat tout de suite. » « Hé béh, t’en a de la chance. » (extatique).

Toujours est-il que je suis ressortie des Imaginales complètement lessivée. Contente, reboostée un max, avec l’envie de finir mon livre dès que possible. Mais j’ai aussi vu le rêve de vivre de l’écriture disparaître… C’est bien dommage. Je me voyais bien continuer de vivre en recluse chez moi, à boire du thé toute la journée en pianotant des inepties sur mon clavier, le chat sur les genoux. C’est jouable. Il faudra simplement attendre d’avoir publié au moins vingt bouquins avant que cet avenir deviennent une réalité.

La dévaluation de la créativité

Comme j’ai déjà eu l’occasion de l’écrire (et de m’épancher sur le sujet), je suis officiellement à la recherche d’un emploi.

Même si je passe mes journées à rédiger les chapitres de ce que j’espère être un premier roman publié, je touche des indemnités de retour à l’emploi. Et de fait, je dois justifier d’une recherche active auprès de ma gentille conseillère.

Nos échanges, aux allures de dialogue de sourds, tournent bien souvent au monologue de sa part. Et donnent lieu à de grands questionnements lorsque je débriefe nos rendez-vous, une fois seule. Après quelques mois au chômage, j’ai pris conscience du manque de rentabilité de ma profession.

Mon aimable conseillère a essayé de me faire comprendre que journaliste, franchement, ce n’était pas un métier d’avenir. Que des milliers de CV de confrères embouteillaient ses statistiques, et que je ne pouvais décemment pas DEVENIR journaliste. J’ai eu beau lui expliquer que cela faisait (tout de même !) près de dix ans que j’exerçais cette profession, elle a balayé mon argument d’un geste. « Par contre, avec vos compétences, secrétaire, ça passe crème. » Ok. Bah, comment te dire ? Non. Merci.

Tout le monde est fou iciLa seule explication plausible au fonctionnement de Pôle Emploi

J’ai toujours su que dans le monde impitoyable du profit régit par les lois intransgressibles de l’offre et de la demande, le métier de journaliste n’a jamais eu la cote. Beaucoup de candidats, peu d’appelés, je connais la chanson par cœur. Cela ne m’a jamais empêché de faire des études dans ce domaine, et d’y travailler longtemps, avec passion.

Mais finalement, mon passage par la sacro-sainte institution Pôle Emploi m’a ouvert les yeux sur un constat déjà fait par plusieurs amis / connaissances / gens croisés au hasard. La créativité n’est pas rentable. Voilà tout.

Vous commencez à me connaître, j’ai tendance à enfoncer des portes ouvertes. Pourtant, je ne veux pas laisser passer ça. Je gagnerai mieux ma vie si j’étais secrétaire, j’ai compris. Si on suit cette logique, je dois donc nivelé par le bas mes compétences, et oublier la créativité qui m’anime lorsque j’écris un article. Parce que mettre du fun dans une lettre, c’est jouable, mais ça ne me tente pas plus que cela.

Génie GREATQuand je me retrouve face à la dure réalité

Sans vouloir me la péter être prétentieuse, j’ai quand même une haute estime de moi-même, voyez-vous. J’aime mon statut de journaliste, grâce auquel j’analyse l’information pour la transmettre à mes contemporains. Je suis curieuse de tout, je veux comprendre le monde qui m’entoure. Et je ressens un besoin viscéral d’être au cœur de l’action (si si, une fête de village, c’est de l’action, détrompez-vous).

Cela ne semble pas évident à première vue, mais je ne me plains pas de ma situation actuelle. Mon chômage me permet d’avancer sur un projet créatif qui me tient à cœur depuis très, très longtemps. Une folie que je n’aurais jamais pu me permettre si j’avais continué à travailler (dans le vrai travail que j’avais avant. Puisqu’en ce moment je travaille vraiment, mais pour moi). Je regrette simplement le traitement subit par ma profession mixte. Du point de vue de la société, journaliste-écrivain = double peine.

Oh dear we are in troubleRien à ajouter

Face à cet antagonisme entre travail rémunéré (genre pas le SMIC, un vrai salaire) et créativité, je me retrouve face à un dilemme. Rester journaliste et cultiver ma position de première de la classe sans le sou ? Ou vendre mes compétences dans un but plus mercantile ? La question se pose. L’argent ne fait pas tout, mais c’est lui qui détermine la valeur ou non de notre travail. Si je pouvais devenir une intello reconnue pour mes compétences et avec un salaire décent, je signerais tout de suite. Mais pour l’instant, je n’ai pas encore trouvé.

Bosser chez soi ou la dualité du productivisme

Cela fait maintenant deux mois que je travaille chez moi. Typiquement, les mots « travailler » et « chez soi » sont antagonistes : normalement, quand on bosse, on sort de chez soi (pour aller au bureau, à l’usine, à la mine). Mais depuis quelques temps, je nourris un projet un peu fou : écrire mon premier roman. Pour ceux qui ont déjà lu mes billets là-dessous, déso, je radote. Pour les autres, bah… Voilà, j’écris un livre.

Après dix ans de réflexions et de doutes, j’ai enfin pris la décision de me lancer. Sauf qu’en fait, écrire, ça prend du temps. Beaucoup de temps. Entre les phases de brainstorming, le découpage de l’histoire, la documentation, et l’écriture en tant que telle, je ne trouvais pas le temps de bosser quand j’avais un vrai travail.

Et puis j’ai quitté mon taff. Depuis, je recherche un nouveau job, bien sûr, mais surtout, je me consacre à l’écriture. Tous les jours. Même les week-ends. Et la conséquence de tout cela, c’est que je bosse chez moi. Une véritable révolution pour mon petit esprit de salariée modèle.

Homer SimpsonAllez, au boulot !

Avant, mes journées étaient rythmées par la vie de l’entreprise : l’heure à laquelle je me lève, celle où je commence à travailler (même si mon manque de ponctualité m’a souvent trahie), la pause déjeuner et la fin de la journée. Du jour au lendemain, je me suis retrouvée chez moi, seule, toute la journée. Avec toutes les distractions possibles à portée de main, et personne pour m’engueuler si je ne veux pas bosser. Bref : l’enfer !

C’est pas compliqué, quand on reste à la maison, on veut tout faire : le ménage, le rangement, les courses, regarder des séries, jouer à la console, bouquiner, se faire les ongles… Tout, sauf bosser, en fait. Et c’est là que l’autodiscipline doit entrer en scène. Après un petit temps d’adaptation, j’ai repris un rythme de travail normal. Je me lève comme si j’allais bosser (les grasses mat’, c’est fini), j’écris un peu le matin et essentiellement les après-midis. Je me suis aménagé un coin bureau, et quand j’y suis, j’écris. S’installer sur le canap’ pour bosser : fausse bonne idée (aka la télé/la console/les bouquins). Je me fixe des objectifs à atteindre, je note le nombre de signes rédigés chaque jour ; et à ce train là, mon roman devrait être terminé avant l’été (ouhlala la grosse optimiste que je suis !)

Carrie BradshawUne journée de travail normale chez moi. Sauf que maintenant, je me suis mise à la cigarette électronique. (oui, je bosse parfois en culotte. Ne me jugez pas)

Bosser chez soi, cela veut aussi dire plus de contact avec l’extérieur. Et c’est finalement assez dur. Même si je suis quelqu’un qui tient à sa tranquillité, je reste un animal sociable qui ressent le besoin de voir du monde, de temps en temps. Maintenant, la seule personne avec qui je fais la causette pendant la pause café, c’est mon chat. Ne vous méprenez pas, on a de grandes discussions toutes les deux. On se prend la tête, aussi, souvent.

Mais le pire quand on bosse chez soi, c’est la procrastination. Mot compte triple, vachement pratique pour les exercices de diction. Remettre au lendemain, se dire que l’on a le temps, et finalement ne jamais trouver le temps de bosser… Ce n’est pas vraiment de la fainéantise (enfin, si, un peu), mais c’est parfois difficile de se mettre un coup de pied au cul motiver pour avancer dans son travail.

Milou ange ou démon« Tu dois écrire au moins 5 000 signes aujourd’hui. » « Ne l’écoute pas ! Tu as tout ton temps. Au pire, tu en écriras 10 000 demain ! »

Au final, c’est très contradictoire d’être chez soi, à n’avoir rien d’autre à faire que de travailler sur un projet ; et de se rendre compte qu’on est moins productif que sur un lieu de travail bien défini. C’est vrai : j’ai tout le temps que je veux pour travailler, aux heures que je veux, que ce soit le matin, l’après-midi, même la nuit si ça me chante ! Mais la réalité est toute autre : je travaille carrément moins de sept heures par jours (soit le nombres d’heures passées dans un bureau).

Coincée dans cette dualité du productivisme, j’avance à l’aveugle, en espérant trouver un regain d’efficacité. En attendant, j’écris ce billet au lieu d’avancer sur mon prochain chapitre. Bref, je procrastine.

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