Le miroir aux alouettes (je te plumerais)

Mon boulot, c’est la réalité. Pas la télé-réalité. Pas la politique-réalité. Pas la fiction-réalité. Juste la réalité, n.f : ce qui est réel. Etre dans le vrai, quoi.

Quand j’ai commencé mon métier de journaliste, j’étais animée par une seule chose : travailler en adéquation complète avec le code de la déontologie professionnelle. A l’école, une de mes profs a énoncé une définition toute bête qui est devenue mon obsession : un média, c’est ce qui permet à ceux qui ne sont pas sur place de vivre et de comprendre une situation à un moment précis. C’est le parfait opposé de son antonyme, l’immédiat : lorsque les gens vivent directement la situation sur le terrain. « Si tu veux savoir ce qu’il se passe en Irak, vas-y. Si tu ne peux pas y aller, ouvre un journal. »

Cette révélation a marqué un tournant dans ma conception de mon métier. Depuis, c’est ce qui me guide dans la rédaction de mes articles. Est-ce que j’arrive à faire vivre ce moment à mon lecteur comme s’il y était ? A-t-il compris les choses d’une manière juste ? Ai-je été claire ?

hermione-granger-and-writing-galleryVoilà, c’est moi.

Alors non, je ne suis pas une grande reporter. Ni une journaliste internationale. Et je ne travaille même pas pour la presse générale d’information. J’écris pour un journal agricole départemental qui titre à 3 500 parutions par semaine. Et alors ? Est-ce pour cela que je peux écrire n’importe quoi ? Bien sûr que non, c’est même tout le contraire.

Qui dit petit média dit proximité du terrain. Si j’écris quelque chose de faux, d’altéré ou de modifié, mes lecteurs savent où me trouver. Clairement. Et les paysans ne sont pas des tendres : en termes de franc parlé, ce sont les meilleurs !

Je l’avoue, amoureuse de l’écriture, je me laisse parfois aller à une prose un peu pompeuse pour habiller un propos que je m’efforce de garder juste. Je conserve une jolie marge de manœuvre et une sacrée liberté d’expression. C’est une chance.

Néanmoins, la réalité économique me rattrape. Mon journal appartenant à un syndicat agricole, je dois toujours répondre présente pour vanter les mérites des manifestations à base de fumier déversé dans les rues, de prix du lait trop bas ou de charges trop élevées. Je ne peux refuser aucune demande émanant de la direction du syndicat agricole, même quand les propos sont exagérés. Dès lors, le miroir de la réalité que sont mes articles renvoie un reflet biseauté des choses. Les faits sont orientés ; la vérité n’est plus tout à fait vraie. Quelle ironie !

QueenSnowWhiteOuais, un peu comme ça, ouais.

Quand on voit la facilité avec laquelle on peut transformer cette réalité, dans un média si petit, la porte est ouverte à toutes les hypothèses chez les plus grands, où les lobbyings vont bien plus loin que celui d’un syndicat agricole départemental.

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